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Projet de directive pour l'efficacité énergétique

Propos recueillis par Jacques Haas

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Projet de directive pour l'efficacité énergétique

Jérôme Duprez, président d'Ensival Moret et d'Europump (association européenne des fabricants de pompes).

© © Ensival Moret

La Commission européenne examinera l'an prochain les modalités d'une approche pour encadrer l'efficacité énergétique des pompes utilisées dans la chimie. Pour Jérôme Duprez, président d'Ensival Moret et président d'Europump, les efforts de tous les acteurs seront nécessaires.

Info Chimie Magazine : De quelle façon la Commission européenne travaille-t-elle sur l'efficacité énergétique ?

Jérôme Duprez : La Commission européenne agit actuellement sur la base de sa directive éditée en 2005 sur l'écoconception des produits liés à l'énergie (energy-using products). Elle adopte une stratégie pragmatique, qui consiste à aborder chaque type de matériel et à fixer des objectifs adaptés en termes d'économie d'énergie. Le secteur des pompes est naturellement visé par cette démarche. En effet, dans une usine, les pompes représentent près de 15 % de la consommation énergétique totale. D'où l'idée de créer une directive européenne visant à augmenter l'efficacité énergétique de ce type de matériel.

 

Existe-t-il déjà des normes concernant les pompes chimiques ?

J.D. : Mise à part une norme européenne qui règlemente le diamètre des pompes, il n'existe pas de norme à proprement parler sur l'efficacité énergétique des pompes dans le domaine de la chimie. Selon les applications, on n'utilise pas les mêmes pompes et les conséquences sont donc différentes si on décide d'une réduction de la consommation énergétique donnée. Les types de pompes sont tellement variés que l'Europe procède par catégorie d'appareils. Récemment, elle a établi une directive concernant les circulateurs de chauffage central.

 

A quel moment commenceront les consultations au sujet de la nouvelle approche ?

J.D. : Il est prévu que les discussions entre la Commission européenne et les différents acteurs commenceront courant 2011. A partir de là, il faudra environ une année pour mettre sur pieds une nouvelle proposition. Mais pour le moment, son calendrier n'est pas encore défini.

 

A part la Commission européenne, y a-t-il des initiatives relatives au domaine de l'énergie pour les pompes ?

J.D. : Oui, c'est le cas au niveau d'Europump, qui a lancé l'initiative Ecopump en 2005. Son but est de mieux informer les clients sur les performances énergétiques des pompes. L'initiative a déjà permis de mettre en place des indicateurs énergétiques sur les circulateurs de chaleur.

 

Quels développements sont envisagés pour améliorer l'efficacité énergétique des pompes ?

J.D. : Le premier aspect qui entre en considération est d'ordre matériel. La principale piste d'amélioration consiste à ajouter des variateurs de vitesse sur les pompes. L'installation progressive d'automatismes pour manipuler les pompes améliore beaucoup l'efficacité énergétique. Au niveau des pompes elles-mêmes, il faudra se concentrer sur la conception de la partie hydraulique, aussi bien la volute que la roue. Ces évolutions ne seront possibles que par des efforts de recherche et de développement, la création de modèles... Tout cela demande des investissements lourds. D'où la nécessité d'un dialogue entre les instances européennes et les fabricants afin de fixer un objectif raisonnable pour la directive à venir. Au chapitre des installations futures, il s'agira d'identifier les installations surcalibrées pour les modifier de sorte qu'elles soient plus adaptées en termes de dépense énergétique sans pour autant diminuer leurs performances. Pour les installations existantes, c'est un ajustement qui n'entraîne pas de surcoût excessif. Mais la réalité de l'efficacité énergétique passera forcément par la prise en compte des installations dans leur ensemble, et pas uniquement des pompes. L'aspect humain sera également déterminant. Le progrès de l'efficacité énergétique pourra se faire grâce à la formation puis au concours d'experts agréés pour faire évoluer la boucle de fonctionnement de la pompe, autour de la vanne et des coudes.

 

Quel sera le rôle d'Europump dans l'élaboration de la directive ?

J.D. : Tout comme l'organisation Profluid au niveau national, nous relayerons les attentes des fabricants auprès de la Commission européenne. Ces échanges permettront de dégager les pistes les plus pertinentes dans la recherche d'économie d'énergie sur les pompes. Notre rôle est d'expliquer à la Commission européenne quelles seraient les conséquences d'un choix plutôt que d'un autre, afin qu'elle puisse faire le bon choix.

Pour une catégorie de pompes, nous analysons les différents éléments qui la composent. Ainsi, on peut définir un objectif raisonnable de diminution de la consommation énergétique en discutant avec les différents acteurs du secteur.

 

Quelles sont les difficultés que peut rencontrer la Commission européenne ?

J.D. : Chaque pays européen peut intervenir dans la discussion, avec une vision différente sur les objectifs réalistes d'économie d'énergie. En tenant compte des différents points de vue, nous essayons d'aplanir les éventuelles divergences au niveau d'Europump.

Ensuite, il y a la difficulté inhérente au secteur des pompes, à savoir élaborer une norme qui s'adapte à tous. Dans la chimie en particulier, les conséquences de la réduction de consommation d'énergie sur le rendement ne sont pas les mêmes selon le fluide et le modèle de pompe. Les applications sont tellement variées qu'il faudra sans doute se résoudre à élaborer un compromis ! Pour toutes ces raisons, l'établissement d'une directive commune va prendre du temps.

 

Quelles seront les conséquences d'une telle directive sur le marché des pompes destinées à la chimie ?

J.D. : Elles sont difficiles à prévoir pour le moment, car le processus n'a pas encore débuté et l'objectif d'efficacité n'est donc pas encore connu. Mais si l'on prend l'exemple des circulateurs de chauffage central, ceux qui ont un mauvais rendement devront quitter le marché d'ici 2015. C'est une disposition qui s'applique aux pompes à eau claire cette année, et on peut penser que la nouvelle directive fera de même pour les pompes destinées aux piscines puis à l'eau usée l'an prochain.

Dans le cas des circulateurs de chauffage central, avec les exigences établies pour obtenir le label CE, la moitié des pompes seront hors normes d'ici 2015.Cette disposition concernera les pompes arrivant sur le marché, et non les pompes déjà en place. Difficile de dire si ce scénario se produira dans les mêmes proportions pour les pompes visées par de nouvelles directives.

 

Peut-on dire que d'autres initiatives de ce genre sont en cours ailleurs dans le monde ?

J.D. : Sur le modèle de ce qui se fait en Europe, les autorités chinoises réfléchissent à l'établissement de directives. C'est également le cas aux États-Unis, mais dans ce pays, l'accent serait plutôt mis sur l'efficacité énergétique des installations dans leur globalité, afin de motiver un effort de l'ensemble de la filière industrielle.

 

Avec la future directive, comment se passera l'encadrement des industriels ?

J.D. : L'évolution dans l'efficacité énergétique se fera à tous les niveaux. L'Europe fournira la directive, et les organisations nationales feront circuler l'information à son sujet auprès des fabricants. Eux-mêmes seront les interlocuteurs privilégiés des clients finaux pour l'évolution du matériel.

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