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Saint-Gobain s'offre Sika, le management s'oppose

Julien Cottineau

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Le groupe français a conclu un accord inattendu avec l'actionnaire majoritaire du chimiste suisse, lui permettant d'en prendre le contrôle sans dépasser 16 % du capital, dans le cadre d'une transaction de 2,3 Mrds €. Direction et management du groupe suisse s'opposent à l'opération, mais sans marge de manoeuvre.

Une acquisition à moindre coût. L'offre de 2,75 milliards de francs suisses (environ 2,3 Mrds €) de Saint-Gobain sur la holding Schenker Winkler, représentante de la famille historique Burkard, a été acceptée. Ce qui va permettre au groupe français de s'emparer de seulement 16,1 % du capital de Sika mais de s'arroger 52,4 % des droits de vote ! L'accord permet ainsi à Saint-Gobain de prendre le contrôle du groupe suisse sans en détenir la majorité. De plus, le géant français de l'habitat et des matériaux de construction n'a pas du tout l'intention d'acquérir le reste du capital, dont la valorisation boursière dépassait encore les 8 Mrds CHF au moment de l'annonce le 8 décembre. Avant que le titre Sika ne s'effondre en Bourse dans la foulée.
 

L'annonce a provoqué un véritable drame en Suisse. Et mis en lumière que la législation locale pouvait très rapidement changer la donne pour les groupes familiaux disposant de structures capitalistiques particulières, où la famille détient la majorité des droits de vote sans disposer de la majorité des parts. De fait, le conseil d'administration et la direction générale de Sika ont réagi violemment, furieux d'avoir été informés seulement le vendredi 5 décembre au soir de l'opération sans avoir été consultés au préalable. Et menaçant désormais de démissionner en bloc si la cession était finalisée, ce qui est envisagé au plus tard au cours du second semestre 2015 par Saint-Gobain. En écho à cette fronde du management, la famille a elle aussi répliqué durement, en convoquant une assemblée générale extraordinaire visant à démettre de leurs fonctions trois membres du conseil d'administration, dont le président Paul Hälg.
 

Tous s'accordent pourtant à vanter la solidité, les performances, et les perspectives de Sika. Décrit comme le leader mondial de la chimie de la construction et le n°2 mondial des adhésifs et joints pour les applications industrielles, le groupe compte 16 000 salariés et 160 usines dans 84 pays. En 2013 il avait généré des ventes de 5,14 Mrds CHF et affiche pour les neuf premiers mois 2014 des taux de croissance très alléchants (voir graphique). Sika dispose notamment d'une empreinte particulièrement forte dans les marchés émergents qui comptent pour près de 40 % de son chiffre d'affaires total, avec une croissance de 16,5 % au cours des neuf premiers mois 2014. Saint-Gobain évoque une croissance moyenne annuelle de Sika supérieure à 8 % sur la période 2007-2013. Le groupe estime pouvoir afficher une moyenne de 6 à 8 % jusqu'en 2018.
 

Les avis divergent nettement sur les bienfaits d'un rapprochement Saint-Gobain-Sika. Le groupe français évoque la proximité des activités de Sika avec celles de ses divisions Produits pour la construction et Matériaux Innovants. Et envisage des synergies de 100 M€ dès 2017, et de 180 M€ à partir de 2019. Les dirigeants actuels de Sika ne voient, eux, ni logique industrielle, ni synergie. Ils estiment surtout qu'avec un investisseur industriel aux commandes, et non plus la famille dans laquelle les autres actionnaires et leurs 84 % de parts dans le capital avaient placé leur confiance, Sika pourrait ne plus poursuivre sa stratégie de croissance prometteuse. Plusieurs conflits d'intérêts sont imaginés, comme le risque de voir Saint-Gobain piloter Sika dans son seul intérêt, alors que les deux groupes disposent de stratégies différentes et sont parfois compétiteurs sur les mêmes marchés. Ce qui serait notamment le cas dans les colles pour carrelage et les mortiers techniques.
 

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