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Salaise-sur-Sanne : le dernier voyage des déchets organiques

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Situé près de Lyon, le site de Trédi transforme par incinération des déchets organiques en matière inerte, en vue d'un stockage ultime. Une implantation qui lui permet de proposer ses services à de nombreux chimistes et pharmaciens de la zone.
Solvants, gaz, résidus de peinture, les déchets qui arrivent ici se présentent sous toutes les formes. Avec pour point commun d'être des déchets organiques et considérés pour la plupart comme déchets industriels dangereux (DID). À Salaise-sur-Sanne, au sud de Lyon, le site de traitement thermique et de valorisation énergétique de Trédi, groupe Séché Environnement, transforme, par incinération, ces déchets en matière solide inerte qui sera par la suite stockée. Son implantation stratégique, en sortie du couloir de la chimie, lui permet de servir bon nombre de chimistes et pharmaciens du couloir rhodanien, soit plus d'une centaine de clients réguliers, comme son voisin Rhodia notamment. L'acheminement du déchet depuis le site de production jusqu'au site de traitement revient à l'industriel qui fait le plus souvent appel à des sociétés spécialisées, parmi lesquelles Suez ou Véolia, qui possèdent tous deux une activité transport. Mais dans ce métier, la proximité géographique est un facteur secondaire, derrière le choix de la technologie correspondant à chaque catégorie de déchets. Le site de Salaise réunit trois unités. Salaise 1, mise en service en 1985, traite les déchets gazeux, liquides, pâteux et solides faiblement halogénés tandis que Salaise 2, qui date de 1992, traite les déchets gazeux, liquides, pâteux et solides fortement halogénés, pouvant dépasser une concentration de 35 % de chlore. Enfin, la plus récente des unités, Salaise 3, ouverte en 2001, traite principalement les déchets solides faiblement halogénés issus des activités de soin à risque infectieux, et les emballages souillés et les DIB (déchets industriels banals). Afin d'identifier l'unité qui conviendra au déchet à traiter, de nombreuses analyses sont effectuées dans le laboratoire de Salaise sur un échantillon représentatif envoyé par l'industriel. Après une analyse de sa toxicité, on effectue une analyse élémentaire pour connaître sa composition et sa concentration en chlore, soufre, iode, brome, calcium, mercure, métaux… Les déchets faiblement chlorés sont envoyés à Salaise 1, les déchets fortement chlorés à Salaise 2. Mais les déchets peuvent également être orientés vers d'autres sites du groupe en France (Strasbourg et Rouen). Par exemple, les déchets fortement bromés, iodés et fluorés sont systématiquement envoyés à Saint-Vulbas dans l'Ain. « C'est notre stratégie et notre principal atout : avec l'ensemble des sites, nous offrons la palette de technologies la plus large possible. Nous proposons ainsi le meilleur choix économique et technologique pour ne pas laisser l'industriel sans solution », explique Daniel Baumgarten, directeur délégué de Séché Environnement. Compatibilité chimique des déchets L'analyse a aussi un autre rôle, fondamental, celui d'évaluer a priori le comportement du déchet lors de son incinération. Pour cela, on mesure le taux de cendre du déchet pour estimer la quantité qui restera à la fin de l'incinération. Et, surtout, on mesure son pouvoir calorifique et sa réactivité (pH, point éclair). Car c'est là le coeur du métier de l'incinération. Après l'amorce du four au fioul, les déchets entretiennent eux-mêmes la combustion par leur pouvoir calorifique. Tout le jeu consiste alors à alimenter le four en déchets, en mélangeant les formes et les pouvoirs calorifiques, afin de maintenir dans le four une température constante. L'alimentation du four en déchets s'effectue de façon automatique selon les consignes de température et de pression de vapeur. Les produits solides sont préalablement broyés puis envoyés dans le four par un système de pompe ou de poussoir. Les liquides, stockés dans des cuves en fonction de leur pouvoir calorifique et leur compatibilité chimique, sont envoyés dans le four par tuyaux et pompes, tandis que les gaz circulent par pipeline. Enfin, les déchets les plus dangereux - qui contiennent par exemple du phosphore, du sodium ou présentent une certaine toxicité - , sont acheminés sur le site dans des conteneurs spéciaux. Ils sont directement envoyés dans le four, avec leur conteneur, à une fréquence qui dépend de leur réactivité et de leur pouvoir calorifique. À l'issue de l'incinération, on récupère deux produits finaux. D'un côté, les mâchefers, produits solides inertes, qui seront analysés puis stockés dans un site de stockage CSDU (Centre de stockage de déchets ultimes) de classe 1. En moyenne, ils représentent 20 % de la masse initiale du déchet. D'un autre côté, la combustion génère des gaz, qui seront retraités. Ceux-ci sont envoyés tout d'abord dans une chaudière de refroidissement, où ils passent en quelques secondes de 1 100 °C à 280 °C (Salaise 2). C'est également à cette étape qu'intervient l'ultime valorisation des déchets, exigée par la législation française, qui permet de produire de la vapeur et de l'électricité, en faisant circuler de l'eau dans la chaudière. Une partie de cette vapeur est revendue à Rhodia, avec lequel Séché a passé un partenariat particulier. Deux pipelines passent à travers champ, l'un transportant les déchets de Rhodia chez Trédi et l'autre la vapeur directement chez Rhodia. Un partenariat qui trouve son origine dans la proximité géographique des deux sociétés et qui ne s'est pas reproduit avec d'autres. Sur l'unité de traitement Salaise 3, la vapeur entraînée dans un turbo-alternateur produit de l'électricité, cette fois revendue à EDF. Se faire accepter des riverains Les gaz refroidis sont ensuite dépoussiérés en traversant des filtres (filtre à manches ou électrofiltre) et lavés dans des tours de lavage acide basique. Le captage des éventuelles dioxines et furannes s'effectue au cours du dépoussiérage avec des adjuvants de filtration ou à l'issue du lavage des gaz dans des tours de captation. Les eaux issues du traitement des gaz sont également traitées et rejetées dans le canal du Rhône, après analyse. Durant tout le cycle de combustion, des analyses en continu sont effectuées : débit, fraction volumique en eau, O2 et CO2 et teneur en HCl, SO2, NOx, CO, COVT et poussières. Ces mesures permettent d'intervenir en temps réel sur l'installation afin de maîtriser la combustion, le dépoussiérage et le lavage des gaz. D'autre part, des analyses inopinées sont régulièrement réalisées par des laboratoires indépendants. Un contrôle régulier et réglementé qui prouve l'évolution du traitement des déchets ces dix dernières années. Mais, nul n'est à l'abri du syndrome du « Not in my back yard » (pas dans mon jardin). Ce qui peut se traduire par « être d'accord avec les sites d'incinération sur le principe mais pas trop près de chez soi dans la pratique ». D'autant plus que le site de Salaise est le plus important de Séché en France, qui traite 225 000 tonnes/an. Ainsi, l'usine met un point d'honneur à se faire accepter des riverains et des communes environnantes, entre autres par l'intermédiaire de visites. Autre geste symbolique : alors qu'elle a été conçue pour les déchets industriels dangereux, l'unité Salaise 3 accepte également les ordures ménagères des communes riveraines. Et la meilleure preuve de l'acceptation de l'usine par les riverains reste sa croissance : Salaise 1, puis 2, puis 3… G. D. L'ACCELERATION DE LA CROISSANCE Depuis sa création dans les années 80, la société de Joël Séché est longtemps restée de petite taille. Mais, depuis quelques années, son rythme de croissance s'est fortement accéléré avec tout d'abord l'acquisition d'Alcor en 2001, pour 50 millions d'euros, lui permettant de se renforcer dans la filière déchets en France et de couvrir l'ouest du pays. Une acquisition suivie en juillet 2002 par celle de Trédi pour 250 millions d'euros. « Nous avons saisi ces deux opportunités car, dans notre métier, il faut atteindre la taille critique qui permet de déployer un grand nombre de technologies pour offrir une offre globale et rester concurrentiel », explique Daniel Baumgarten. Le groupe réalise aujourd'hui 373 millions d'euros, dont 55 % dans les déchets industriels et le reste dans les ordures ménagères. La chimie (base, spécialités, chimie fine, pharmacie et cosmétique) a représenté le plus important secteur en 2003, devant le secteur de l'automobile et l'électronique. Deux ans après ces acquisitions qui totalisent une vingtaine de sites en France, la stratégie est de mettre le groupe « en ordre de bataille ». Autrement dit, optimiser les activités de tous les sites et revendre les activités qui ne correspondraient pas au coeur de métier de Séché, le stockage et le traitement. Un recentrage qui devrait s'achever fin 2004.

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01/12/2004 |
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