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Salon du Bourget : Les matériaux poursuivent leur envol

Par Julien Cottineau, au Salon du Bourget

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Parmi les 2 381 exposants au 52e Salon international de l'aéronautique et de l'espace de Paris-Le Bourget, les spécialistes des matériaux et de la chimie ont fait valoir leurs compétences et solutions pour répondre aux défis des aéronefs de nouvelle génération. Coup de projecteur sur les Français Olikrom et Mapaero, et l'Américain 3M.

Le premier produit commercial est attendu en décembre, dans le domaine du luxe. Jean-François Létard n'en dira pas plus pour le moment. Le président et fondateur d'Olikrom déborde d'ambitions pour sa PME installée à Pessac (Gironde). Créée en 2014, elle se présente comme un leader mondial des pigments intelligents pour la conception de peinture et d'encres réagissant à des paramètres de leur environnement. La PME de 10 salariés travaille sur une seconde levée de fonds, et est actuellement en phase d'acquisition d'un site en Aquitaine pour y édifier une usine d'une capacité de 10 à 50 tonnes par mois. Un enjeu indispensable car « nous ne confierons pas en sous-traitance », insiste Jean-François Létard. « Nos produits nécessitent une très forte expertise scientifique et détenir la maîtrise de l'outil de production est crucial. Pour chaque projet, nous devons prendre en compte la matrice, le support et la réglementation. Derrière, notre équipe de R&D met en place la formulation pour aller du pigment jusqu'au produit final qui est livré certifié », poursuit le dirigeant.

Recensant déjà 70 partenaires industriels, Olikrom ne se limite à aucun secteur. Dans l'aéronautique, deux programmes sont en cours aux côtés d'Airbus. L'un concerne la mise au point d'un revêtement thermosensible pour détecter une surchauffe, notamment près des zones moteurs. La question est d'autant plus sensible avec les aéronefs de nouvelle génération, utilisant de plus en plus de matériaux composites pour améliorer légèreté et consommation de carburant. Sauf que la sensibilité à la température est un problème notable, avec un risque de délamination au-delà de 120 à 140 °C. En cas de surchauffe, les pigments réagissent et permettent ainsi de détecter directement tout risque, facilitant ainsi le signalement électronique des problèmes. Olikrom planche depuis plus de deux ans sur le sujet avec Airbus et mène une campagne de tests sur un A380, avec des revêtements intelligents à l'intérieur de l'habitacle et autour des moteurs. Le projet a reçu en 2016 le prix de l'innovation au congrès Surfair qui réunit les spécialistes de l'aéronautique sur la thématique des traitements de surface. Le second projet porte sur la détection d'impact, avec une peinture permettant de pointer tout impact qui aurait dépassé certains paramètres de sécurité. Il est question de prévenir la sensibilité aux chocs des matériaux composites qui peuvent se fissurer ou se délaminer sans que cela soit visible à l'oeil nu. Cela s'applique aux étapes d'assemblage des avions (chute d'outils, impacts durant le transport de pièces) et à celles d'usage (chocs avec les engins de chargement ou de restauration, avec la grêle ou avec les oiseaux...).

 

Retrait des substances dangereuses des peintures

 

Autres technologies et autres développements chez Mapaero, spécialiste des peintures aéronautiques. Pour l'entreprise ariégeoise, qui fête ses 25 ans, cette année, tout a doublé, ces cinq dernières années : les capacités affichent 1 800 t par an depuis un programme d'extensions mené en 2011, les effectifs ont atteint 110 salariés, et les ventes 27 M€ en 2016. L'entreprise a été le premier producteur européen de peintures à l'eau pour l'aéronautique. Depuis la première qualification en 2001 avec Airbus, quasiment tous les constructeurs du secteur ont adhéré aux produits et aux solutions de Mapaero. Privilégiant une approche durable, le Français veut aller toujours plus loin dans l'élimination des substances dangereuses contenues dans ses peintures qui s'appliquent aux structures primaires et secondaires des appareils, et à leurs intérieurs, sur des surfaces de plus en plus techniques. La grande ambition actuelle est « d'éliminer les chromates, en conformité avec le règlement Reach », commente Pierre Boyat. Le directeur des ventes assure que « nous serons les premiers à le faire ». La problématique des chromates reste épineuse dans l'aéronautique en raison de leurs propriétés anti-corrosion. Actuellement, Mapaero est engagé dans un plan de financement de 7 M€ pour renforcer ses capacités de production, de R&D, et ses infrastructures de support clients à Pamiers, son siège et seul site industriel. Pour le moment. Car l'entreprise tricolore souhaite devenir plus globale et se rapprocher de ses clients. Notamment de Boeing, d'où la volonté de pouvoir produire en Amérique du Nord « à court terme », précise Pierre Boyat. Le projet est en cours, soit par acquisition, soit par croissance organique.

 

3M s'appuie sur 46 plateformes

 

Par rapport aux deux acteurs français, le géant américain 3M est présent depuis bien plus longtemps dans le secteur. En 60 ans, il a développé une multitude de produits : adhésifs, films de protection de surfaces, composites résines, isolateurs thermiques et acoustiques, ou encore joints d'étanchéité. Lesquels trouvent des applications un peu partout sur un appareil. Fort de racines datant de 1902 et de développements dans une multitude de marchés, 3M « s'appuie sur 46 plateformes technologiques pour innover et répondre aux défis dans l'aéronautique, comme celui de la réduction du poids », se réjouit Bertrand Volckcrick, responsable ingénieur d'applications en aéronautique et automobile. L'industrie aéronautique cherche aussi à concevoir des avions plus silencieux, plus sûrs, plus durables. 3M s'intéresse également aux solutions liées à la production des appareils, qu'il s'agisse de l'assemblage de matériaux innovants ou de l'accélération des cadences de production. « Face à la demande croissante d'avions, il y a un besoin d'accélérer les procédés », commente Eric Verhimst, directeur du marché Industrie de 3M France. « Nous n'avons d'ailleurs pas que des produits pour l'avion mais aussi des consommables pour la construction et la maintenance », précise-t-il. Au Bourget, le groupe américain présentait trois innovations : une colle structurante bi-composante, permettant de réduire les déchets industriels et d'augmenter la productivité, une cale liquide à base d'époxyde pour le remplissage structural, et un film de surfaçage pour la protection foudre qui renforce les matériaux composites, moins résistants que le métal face à la foudre, en leur apportant une meilleure résistance aux micro-fissures et une meilleure protection contre les UV. Ces innovations profitent aussi à l'usine française de 3M à Tilloy-lez-Cambrai (Nord). Ce site de plus de 200 salariés est particulièrement focalisé sur les spécialités pour l'automobile et l'aéronautique.

 

« Face à la demande croissante d'avions, il y a un besoin d'accélérer les procédés » Erick Verhimst, directeur du marché Industrie de 3M France

 

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