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Sika offre 2,2 Mrds € pour le Français Parex

Julien Cottineau
Sika offre 2,2 Mrds € pour le Français Parex

© Chimie Pharma Hebdo

Le chimiste suisse de spécialités a engagé une offre ferme d'environ 2,2 Mrds € pour l'acquisition de Parex Group, grand spécialiste français des mortiers. L'opération va doubler les ventes de mortiers de Sika et étendre considérablement son réseau industriel dans le monde.

Il y a des débuts d'année en fanfare. Sika a officialisé, le 8 janvier, la signature d'une offre ferme valorisant le groupe français Parex à hauteur de 2,5 milliards de francs suisses (CHF), environ 2,2 Mrds €. Soit une opération majeure dans la chimie de spécialités. L'offre du groupe suisse spécialiste des produits pour la construction a été soumise au fonds CVC Fund V, propriétaire de Parex depuis 2014, alors acquis auprès de la société d'investissement Wendel. Celle-ci avait engagé, à l'époque, le repositionnement du chimiste Materis dans le seul créneau des peintures (CPH n°686). Materis avait auparavant repris plusieurs activités du groupe Lafarge, dont Parex en 2001, qui avait été fondé en 1978 comme la division Mortiers du cimentier.

Si l'opération est d'envergure pour la chimie de spécialités, elle l'est d'autant plus pour Sika, bien plus coutumier de petites acquisitions ciblées. Mais Parex est un gros morceau pour le chimiste suisse. En 2018, le groupe français a généré un chiffre d'affaires de 1,2 Mrd CHF pour un Ebitda estimé à 195 M CHF, soit une marge d'Ebitda de 16 %. Sur la période 2011-2017, Parex affiche une croissance moyenne annuelle de 7,4 % pour ses ventes et de 9,3 % pour son Ebitda. Ce grand acteur des mortiers dispose aussi d'un vaste réseau industriel. Ses 4 600 salariés sont implantés dans 23 pays à travers le monde, au sein de 74 sites industriels et de 13 centres de R&D. Le groupe s'est adjugé des positions fortes sur des marchés jugés clés par Sika, comme la Chine, les États-Unis, le Brésil, l'Argentine, le Royaume-Uni, l'Australie, Singapour mais aussi la France. Les ventes sont très fortes en Asie, qui a pesé pour 42 % du chiffre d'affaires, l'an dernier, devant la zone Europe-Moyen-Orient-Afrique (EMEA, 33 %) et les Amériques (25 %).

Doubler la division Mortiers de Sika

Cette acquisition, dont la finalisation est entrevue pour le deuxième ou le troisième trimestre 2019, revêt de multiples avantages pour Sika. D'abord, des synergies annuelles de 80 à 100 M CHF sont entrevues. Surtout, Parex va permettre au groupe suisse de plus que doubler sa division Mortiers (voir graphique), un axe de développement prioritaire, avec les adjuvants pour béton, à en regarder toutes les opérations de croissance externe et organique entreprises par Sika, ces dernières années. En outre, les produits de Parex sont considérés comme très complémentaires avec le portefeuille actuel dans le domaine des mortiers. Le groupe français est un spécialiste des colles à carrelage et des revêtements de sols (40 % de ses ventes), des enduits pour la protection et la décoration des façades (34 %), et des systèmes d'étanchéité et solutions techniques pour le béton et le génie civil (26 %). L'intégration de Parex est aussi une opportunité pour la présence du Suisse en Asie, puisque cela lui permettra de mettre la main sur 23 usines, en particulier en Chine et en Inde, et de muscler de 43 % ses ventes sur ce continent-clé, les portant à 1,68 Mrd CHF au regard des données pro-forma 2018. Enfin, alors que Sika vient juste de franchir la barre des 7 Mrds CHF de ventes, cette année (voir encadré), il pèsera avec Parex pour un chiffre d'affaires de 8,3 Mrds CHF. Industriellement, le futur groupe sera à la tête de 24 000 salariés et de 300 implantations industrielles dans le monde.

Cette grande opération intervient aussi après la résolution du conflit avec Saint-Gobain, au printemps dernier. Une affaire de près de quatre ans pendant lesquels les dirigeants de Sika se sont battus jusqu'au bout pour empêcher le Français, par ailleurs concurrent direct, de prendre le contrôle du groupe suisse en ayant acquis simplement 16 % du capital. Après une farouche bataille judiciaire, Saint-Gobain a finalement jeté l'éponge et limité sa présence autour de 10 % dans le capital de Sika (CPH n°844). L'opération survient aussi, alors que le marché des produits chimiques pour la construction est en ébullition, depuis que BASF a révélé, en novembre, réfléchir à céder totalement ou partiellement sa division Construction Chemicals (2,4 Mrds € de ventes en 2017, CPH n° 863). Dans un entretien avec Reuters, Paul Schuler, le p-dg de Sika, a reconnu avoir étudié cette opportunité, mais avoué qu'une telle opération était trop importante pour la solidité du groupe. Il a toutefois ajouté que Sika pourrait être intéressé par certaines activités de la division dans le cas d'une vente par appartement. Pour autant, Paul Schuler dit se concentrer essentiellement sur l'acquisition de Parex, une opération déjà copieuse à digérer.

Un exercice record

Dans la foulée de l'annonce du dossier Parex, Sika a publié des chiffres préliminaires record pour son exercice 2018. Pour la première fois de son histoire, le groupe suisse passe la barre des 7 Mrds CHF de ventes, à 7,09 Mrds CHF, grâce à une croissance de 13,7 % sur un an, hors effets de change. Toutes les régions ont participé à la croissance, avec des progressions de 14,2 % dans la zone EMEA, de 11,7 % aux Amériques, et de 5,5 % dans la région Asie-Pacifique. Le profit opérationnel (Ebit) est attendu entre 940 et 960 M CHF. L'an dernier, Sika a mis en service 11 usines dans le monde et procédé à quatre acquisitions.

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