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Situation intenable pour l'accès au gaz

Les pouvoirs publics sont pressés de réagir « d'extrême urgence ». L'UIC a lancé un cri d'alarme face au différentiel nord/sud en France pour les prix du gaz. « Au niveau de la Loire, la France est coupée en deux. Et le Sud est totalement congestionné », martèle Philippe Prudhon, directeur des affaires techniques de l'UIC. Ce différentiel n'est pas nouveau. Sauf que la situation est jugée désormais intenable. A tel point que plusieurs sites chimiques dans le sud du pays, notamment ceux qui n'ont pas le statut de gazo-intensifs et ne bénéficient donc pas de 50 % de leurs apports en gaz à prix bon marché, risquent des arrêts de production à court terme. La situation est d'autant plus suffocante que les chimistes utilisent le gaz à la fois comme énergie et comme matière première. En outre, la chimie en France utilise à elle seule 40 % de la consommation annuelle industrielle de gaz.

« Une baisse de 50 % d'apports en GNL dans le Sud »

Le différentiel résulte d'abord de l'infrastructure, avec un apport au nord via le réseau nord-européen, tandis que le sud est approvisionné en gaz naturel liquéfié (GNL) par bateau, essentiellement depuis le Moyen-Orient. Dans ce contexte, nord et sud doivent disposer d'apports équilibrés car entre les deux régions, les gazoducs ne disposent pas de capacités et de débits dantesques, et ne sont pas légion. Si l'une des deux régions manque de gaz, le réseau sature vite.

Seulement voilà, depuis la catastrophe de Fukushima, et le renoncement du Japon au nucléaire, la demande asiatique en gaz a explosé. Or, le prix du GNL en Asie étant supérieur à celui en Europe, les opérateurs de GNL ont donc logiquement augmenté leurs flux vers l'Est du globe, réduisant les apports en Europe, et donc dans le sud de la France, assure Philippe Prudhon. Les terminaux de Montoir, sur la façade Atlantique, et celui de Fos accusent ainsi depuis 2011 une baisse de 50 % de leur approvisionnement en GNL. Enfin, l'Espagne, souffrant du même phénomène du détournement des flux vers l'Asie, a accru sa demande en gaz en provenance du Nord de l'Europe, via les gazoducs français, saturant un peu plus le réseau.

Si la situation perdure depuis deux ans, elle « a pris une tournure dramatique depuis le dernier trimestre où les opérateurs sont venus disputer aux industriels consommateurs les rares capacités disponibles », regrette l'UIC. Ainsi, le prix de passage, d'un coût réel de 0,60 € le MWh, atteint aujourd'hui une moyenne de 5 €/MWh, et des pointes record journalières à 17 €/MWh ont même été enregistrées. Pire, la solution instaurée par la Commission de Régulation de l'Énergie (CRE), à savoir un système d'enchères pour les capacités de transport nord-sud, a engendré depuis son lancement le 3 mars une « accélération de la distorsion nord-sud au lieu de la réduire », accuse l'UIC.

Le 27 février, les pouvoirs publics ont reçu consommateurs industriels, fournisseurs, stockeurs et transporteurs pour trouver des solutions. Sans effet pour le moment, et l'UIC dit attendre un prochain rendez-vous, qui tarde à être fixé. Sauf que face à cette situation, les chimistes français dans le sud réclament des solutions immédiates. L'UIC en propose ainsi trois : la création d'une zone tarifaire unique en France dès le 1er octobre ; la « prise du décret, avant le 1er juillet 2014, d'importation de GNL nécessaire pour quatre ans d'application » ; et le « lancement immédiat » de la construction des « gazoducs Val de Saône et Gascogne-Midi pour une mise en service fin 2018 », pour assurer un « équilibrage définitif de la zone sud ». Pendant ce temps, aux États-Unis, le prix du gaz continue d'être trois fois moins cher...

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