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SmartBiocontrol, un programme pour identifier des alternatives aux phytosanitaires

Alexane Roupioz

Après le succès du projet Phytobio, vingt-six partenaires transfrontaliers collaborent à l'initiative de SmartBiocontrol pour trouver une alternative à la lutte chimique en agriculture. Du laboratoire à l'exploitation agricole, leur complémentarité et le transfert de leurs savoirs respectifs sont une force pour ce projet.

En agriculture, la réduction des intrants chimiques constitue aujourd'hui une réelle volonté politique à l'échelle régionale, nationale et européenne. Suite au Grenelle de l'environnement, la France a lancé en 2008 le plan Ecophyto pour réduire de 50 % l'utilisation des produits phytosanitaires dans l'Hexagone à l'horizon 2025. De son côté, depuis 2005 la Belgique a mis en place des programmes fédéraux de réduction des pesticides et des biocides pour réduire de manière significative le risque et l'usage des produits phytosanitaires. Par ailleurs, l'utilisation massive de ces pesticides a engendré l'apparition de souches pathogènes multi-résistantes contre lesquelles les produits actuels sont devenus peu efficaces voire inefficaces. Dans ce contexte, 26 partenaires collaborent depuis début 2017 au sein de SmartBiocontrol, une plateforme transfrontalière de recherche et de formation dédiée à la lutte biologique intelligente. Cette initiative a été lauréate de l'appel à projet d'Interreg V, un programme de coopération territoriale européenne qui s'inscrit dans une volonté de favoriser les échanges économiques et sociaux entre quatre régions frontalières : les Régions Hauts-de-France et Grand Est en France ; la Wallonie, la Flandre occidentale et orientale en Belgique. Financé à hauteur de 170 millions d'euros par le fonds européen de développement régional, SmartBiocontrol est un portefeuille de projets qui regroupe quatre programmes : Bioscreen, Bioprod, Bioprotect et Biosens.
 

Dans le cadre de Bioscreen, une plateforme de criblage haut débit sera mise en place pour identifier de nouvelles molécules à activité antifongique, ou inductrices de résistance des plantes contre les agents phytopathogènes. « Après la phase de criblage, nous réalisons des tests in vitro pour confirmer l'efficacité des molécules. Puis dans une approche plus fondamentale, nous essayons de comprendre leurs modes d'action d'un point de vue physiologique et moléculaire », ajoute Essaïd A. Barka, coordinateur du projet Bioscreen. Puis, c'est le projet Bioprod qui prend le relais pour lever les freins liés à la production à l'échelle industrielle de ces nouveaux biopesticides. Des travaux pluridisciplinaires sont menés pour optimiser les conditions de production et de purification des molécules en développant, entre autres, des procédés innovants mettant en oeuvre des méthodes de screening à haut débit. Les nouveaux produits de biocontrôle sont ensuite testés à l'échelle agronomique (en serres ou aux champs) dans le cadre de Bioprotect. Dans ce projet, les scientifiques valident les nouveaux biofongicides et nouveaux produits de biocontrôle sur plusieurs pathosystèmes importants de la région transfrontalière. Parallèlement, ils augmentent l'efficacité des produits de biocontrôle disponibles sur le marché par la recherche des conditions optimales d'application des nouveaux produits de biocontrôle et ceux déjà existants, mais aussi par la formation des agriculteurs à l'utilisation des produits de biocontrôle. Enfin, le projet Biosens développe une nouvelle génération de biopuces pour le suivi en temps réel et in situ des pathogènes et des produits de biocontrôle aux champs. Les molécules équipées de ces sondes reviennent ensuite dans les laboratoires de Bioscreen pour vérifier que les puces n'altèrent pas leurs propriétés. « D'ici à quatre ans, nous espérons avoir identifié plusieurs molécules d'intérêt, et compris leur mode d'action sur les plantes. L'objectif est de pouvoir les produire à grande échelle, et les utiliser en conditions agricoles », se projette Essaïd A. Barka.

 

Collaboration et complémentarité entre partenaires

 

L'objectif est ambitieux, mais SmartBiocontrol s'inscrit dans la continuité du projet Phytobio initié en 2009 dans le cadre d'Interreg IV. Cette initiative visait à découvrir et produire de nouvelles molécules biopesticides ou stimulatrices des défenses des plantes, et à promouvoir leur utilisation. Dans cette optique, les chercheurs ont focalisé leurs travaux sur l'exploitation directe des lipopeptides, des molécules biosynthétisées par des bactéries du genre Bacillus souvent utilisées comme biopesticides. Et le projet Phytobio a abouti à des résultats encourageants qui servent aujourd'hui de base à SmartBiocontrol. « Bioprod et Bioprotect travaillent déjà sur les molécules identifiées par Phytobio. Et avec Bioscreen, on élargit le spectre des molécules étudiées », explique Essaïd A. Barka. En 2014, Phytobio a reçu le prix « Projet stratégique Interreg IV » pour la qualité du travail coopératif et transfrontalier réalisé. Et ce prix illustre un autre des atouts majeurs de la plateforme SmartBiocontrol : une démarche collaborative qui devrait lui permettre d'aboutir à des solutions prometteuses. Pour répondre aux attentes de coopération et d'échanges transfrontaliers d'Interreg, cette initiative s'appuie sur la complémentarité et le transfert du savoir entre ses vingt-six partenaires. Les problématiques sont axées sur des maladies qui affectent les cultures de la zone transfrontalière, et elles font appel à la complémentarité des différentes équipes impliquées dans le projet. Chaque partenaire possède des modèles d'études et des techniques spécifiques à un couple pathogène/plante qui pose problème dans sa région. Et ces connaissances circulent entre les partenaires pour faire avancer le projet. « Nous savons comment nous travaillons car cinq des neuf partenaires étaient déjà présents sur Phytobio. C'est une force de travail », reconnait le coordinateur de Bioscreen

Les partenaires des 4 projets

France : Universités de Reims, d'Artois, de Lille 1 du Littoral-Côte-d'Opale (ULCO), ISA Lille et Institut Charles Viollette (ICV), Lipofabrik, Pôle Nutrition santé longévité, Chambre d'Agriculture du Nord Pas-de-Calais, FREDON Nord Pas-de-Calais, Pôle Légumes Région Nord, Institut Supérieur d'Agriculture, CNRS et CHR de Lille.

Belgique : Université catholique de Louvain (UCL), universités de Gand et de Liège, Gembloux Agro-Bio Tech, Materia Nova, PCG, Centre de Recherches Agronomiques de Gembloux, INAGRO, Multitel, CARAH.

 

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