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Sofinnova investit dans les jeunes sociétés innovantes

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

L'essor de la chimie du végétal s'accompagne du développement de jeunes sociétés innovantes. Denis Lucquin détaille les stratégies de financement de ces sociétés.

Info Chimie Magazine : Comment analysez-vous le secteur de l'innovation dans la chimie du végétal ?

Denis Lucquin : Je distingue deux business model pour les jeunes entreprises innovantes dans le domaine de la chimie du végétal aujourd'hui. Il y a d'abord les sociétés qui ont pour objectif de produire et de devenir des acteurs industriels. Ces sociétés mettent au point une chimie à partir de biomasse. Les molécules obtenues doivent passer des étapes caractérisées par des volumes de production. La molécule mise au point sur la paillasse du chimiste va passer par des étapes de production dans un pilote, puis une usine de démonstration et enfin une usine commerciale. C'est la stratégie adoptée par BioAmber notamment. Le deuxième business model repose sur le développement d'innovations plus amont. Ces sociétés développent un produit ou un procédé et envisagent ensuite de négocier des licences auprès d'industriels qui vont exploiter cette technologie. Deinove et Carbios ont par exemple choisi ce modèle.

 

Vous privilégiez le business model qui aboutit à la création d'usine commerciale. Quels sont les volumes d'investissements nécessaires ?

D.L. : Il s'agit de deux projets d'entreprises plutôt différents. Le 1er crée plus de valeur, mais a plus de besoins capitalistiques. Nous estimons que ce type de société nécessite une centaine de millions d'euros d'investissement depuis sa création jusqu'à sa maturité. Les entreprises sur le 2e modèle ont en général besoin de moins d'argent, de 10 à 20 M€, avant de vivre de leurs licences. Dans le 1er business model, le financement se fait par du capital-risque classique pour les premières étapes de pilote et d'usine de démonstration. Puis, l'introduction en bourse intervient pour financer l'usine commerciale. Certains essaient de se financer jusqu'à la phase commerciale et l'introduction en Bourse permet de financer la croissance et le déploiement commercial.

 

Quel type de société recherchez-vous chez Sofinnova ?

D.L. : Notre objectif n°1 est l'entrepreneur et son équipe. Nous cherchons des personnalités extrêmement fortes, qui vont avoir envie de faire bouger des montagnes, et qui devront partager avec nous des objectifs de liquidités sur le moyen et long termes. Ils devront s'inscrire également dans une perspective de partage du pouvoir au sein du conseil d'administration. Enfin, ce seront des chefs d'orchestre plutôt que des hommes orchestre, c'est-à-dire qu'ils auront pour objectif de s'entourer des meilleurs dans leur spécialité. L'idéal est d'avoir affaire à des « serial » entrepreneurs, c'est-à-dire qu'ils se soient déjà frottés à la réalité de la création d'entreprise. La deuxième chose que nous recherchons, c'est l'association d'une propriété intellectuelle forte protégeant des innovations de rupture sur des marchés importants.

 

Comment contractualisez-vous ces partenariats ?

D.L : Quand nous sommes sûrs de partager une vision sur le long terme, nous préparons le Due diligence. Il s'agit de regarder en détail tous les éléments du projet : comprendre l'innovation, apprécier la force de la propriété intellectuelle et sa liberté d'exploitation, évaluer les marchés et leur évolution, et éventuellement analyser le passé de l'entreprise, si ce n'est pas une création. Nous réalisons des enquêtes à tous les niveaux de l'entreprise. La finalisation de l'opération se traduit d'abord par une « term sheet » qui va porter sur les éléments importants de l'opération : valorisation et prix par action, structure du conseil et partage des pouvoirs, etc. Puis, après accord, nous entrons dans la phase de rédaction des différents accords, et en particulier du plus important d'entre eux : le pacte d'actionnaire. Il ne faut pas oublier que si nous allons « vivre ensemble » pendant plusieurs années, notre objectif est de « nous séparer », c'est-à-dire que nous vendions nos actions dans un laps de temps de 5 à 7 ans. Notre seul but financier est la plus value, que nous espérons la plus importante possible. Le pacte d'actionnaire régit ces deux phases : la collaboration avec les entrepreneurs et la sortie à terme. Sans qu'il soit nécessaire d'ailleurs d'organiser à l'avance cette sortie, mais nous mettons en place des mécanismes, comme des préemptions réciproques, etc.

 

En France, comment analysez-vous le nombre peu élevé de sociétés de capital-risque qui investissent dans le domaine de la chimie du végétal ?

D.L. : L'industrie de la chimie du végétal est récente. Elle a connu son premier essor aux États-Unis au début des années 2000. Pour l'instant, elle mobilise une poignée d'investisseurs visionnaires. L'Europe est en retard par rapport aux États-Unis. Nous comptons beaucoup sur les investisseurs internationaux. Nous allons faire comme dans le domaine de la biopharmacie où il a fallu 20 ans pour avoir une industrie avec des acteurs en Europe et en France.

 

Quelles sont les spécificités de la France en matière de financement de l'innovation ?

D.L. : La France possède trois atouts enviés à l'international, et en particulier dans les autres pays européens. Et d'abord, bpifrance qui est un acteur majeur dans le financement de l'innovation en France. Aux Pays-Bas, ils commencent à mettre en place ce genre de financement public. Nous avons également le Crédit impôt recherche (CIR). C'est un outil extrêmement efficace, même s'il pourrait l'être encore plus. Enfin, le statut de jeune entreprise innovante (JEI) est une source de réduction de charges pour les entreprises et favorise les financements par des personnes du privé. Il est vrai qu'aujourd'hui, il n'y a pas beaucoup d'investisseurs, mais nous sommes dans une bonne dynamique.

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