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Stratégies/Clariant/Ciba : une fusion qui relance les restructurations dans les spécialités

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Inattendue, mais logique, la fusion des deux groupes suisses conduit à un numéro un mondial très détaché dans la chimie de spécialités. Avec environ 80 MrdsF de CA, le "nouveau Clariant" pèsera le double de son suivant immédiat, le britannique ICI. Un secret parfaitement gardé : l'annonce du projet de fusion entre Clariant et Ciba respectivement numéros 1 et 2 mondiaux de la chimie de spécialités est tombée le lundi 9 novembre vers 5 heures du matin, créant une formidable surprise dans la profession. Si les raisons de cette fusion apparaissent a posteriori évidentes, la dimension exceptionnelle de l'opération en avait occulté la faisabilité. A la veille de l'entrée en vigueur de l'Euro, la chimie suisse qui, vient de réussir à conquérir - à travers Novartis - la place de n°1 mondial des sciences de la vie, ne pouvait en rester là. Réitérer l'opération dans une chimie de spécialités qui peine à trouver ses marques et dont la communauté financière continue à se méfier était un défi à la mesure de ses ambitions. Le nouvel ensemble qui prend le nom de Clariant accompagné du papillon multicolore distinctif de Ciba aura un CA d'environ 18 à 19Mrds FS (9 Mrds FS pour Ciba et 10,2 pour Clariant en 1997) soit un peu moins de 80 Mrds FF, réalisé dans 120 pays. Il pèsera, en chiffre d'affaires, plus du double de son suivant immédiat, le britannique ICI, pourtant renforcé par l'acquisition de la chimie de spécialités d'Unilever. Cette fusion va consolider les positions déjà très fortes des deux groupes suisses dans les secteurs d'activité où ils étaient jusqu'à présent concurrents : les pigments, les colorants, les mélanges maîtres, les additifs, les azurants optiques, les produits chimiques pour le papier et le traitement des eaux, etc. Il est évident que ce projet de fusion va aussi éveiller la vigilance des autorités antitrust aussi bien en Europe qu'aux USA. A ces points forts communs s'ajoutent des activités complémentaires qui vont élargir la palette des compétences du nouvel ensemble. Au total, le nouveau groupe sera présent dans trente des quarante segments du marché des spécialités chimiques identifiés par Ciba, soit dix de plus que Ciba Specialty Chemicals avant la fusion. Il n'est pas exclu toutefois que par la suite, certains secteurs fassent l'objet de cessions. Ainsi, celle de la division Performance Polymers de Ciba annoncée cet été ne semble pas remise en cause, même si " l'examen d'options stratégiques se poursuit ". Toutefois sa composante "produits pour l'électronique" sera conservée et intégrée à l'activité correspondante de Clariant. En tout cas, c'est l'importance du pipe line de produits nouveaux et de l'effort de R&D qui sont mis en avant dans l'annonce de cette fusion. Le budget global de R&D de l'ensemble se monte en effet à plus de 650 MFS. Un chiffre record en valeur absolue pour la profession, même si en pourcentage du CA (3,4%) il se situe dans la moyenne. Un effort qui devra sans doute être accru si le nouveau "grand Clariant" veut vraiment rester à la pointe de l'innovation. La fusion se fera sans débourser de cash par échange d'actions. Les actionnaires de Clariant recevant environ 54% des actions de la nouvelle société et ceux de Ciba Specialty Chemicals les 46% restants. Principal actionnaire de Clariant avec 45% du capital, le groupe Hoechst, qui a donné son feu vert à l'opération, verra sa participation dans le nouvel ensemble tomber en dessous de la barre des 25% (à 24,3% exactement). La nouvelle société aura son siège à Bâle et sera cotée à la Bourse suisse et sa capitalisation boursière devrait atteindre 21MrdsFS (plus de 15 Mrds $).
Mais dans la mesure où la fusion s'effectue selon les règles comptables US-GAAP, les bases pour une future cotation à la Bourse de New York seront réunies. Comme dans le cas de Novartis, dès l'annonce du projet de fusion entre Ciba et Clariant la question de l'organisation future de la société et de son management ont été réglées. C'est l'actuel président de Clariant Rolf W. Schweizer (un ex-Sandoz) qui devient chairman et président de la nouvelle société qui sera dirigée par Rolf Meyer, l'actuel président de Ciba au poste de chief executive officer et de vice chairman. Tous les membres du comité exécutif et les patrons des cinq futures divisions sont déjà nommés. En revanche, les deux CEO actuels de Ciba (Hermann Vodicka) et de Clariant (Karl-Gerhard Seifert, un ancien de Hoechst) font les frais de l'opération : ils sont absents du futur organigramme. Après avoir expédié les affaires courantes jusqu'à la fusion effective ils quitteront le groupe. Sans avoir démérité, ni avoir vraiment fait leurs preuves dans le top management de leurs entreprises respectives. Officiellement, la fusion n'a pas pour objectif prioritaire de restructurer l'ensemble pour faire des économies. Il n'empêche que 3000 suppressions d'emplois, sur un effectif total de 55000 personnes, sont d'ores et déjà annoncées. Mais "aucune suppression d'emploi supplémentaire par rapport aux programmes déjà annoncés par les deux entreprises n'est prévue en Suisse" précise charitablement le communiqué commun des deux groupes. Les économies à réaliser se chiffrent à 600MFS par an en l'an 2001. Soit 400 M FS de plus que les 100 M FS que chacun des deux partenaires s'était promis de réaliser dès 1999. Quant au coût total des restructurations liées à la fusion il se monte à 800 M FS, dont 600 M FS de sorties de cash. Le total sera passé dans les comptes 1999. Selon Rolf Meyer, dès l'exercice 2001 l'entreprise devrait bénéficier pleinement du programme d'économies engagé. Ses objectifs sont en tous cas ambitieux : une croissance des activités de 50% supérieure à celle du PNB et une rentabilité mesurée en EBITDA/CA de 20% (contre respectivement 13,6% et 15,6% pour Ciba et Clariant en 1997). Le tout sous-tendu par une optimisation active du portefeuille d'activités et une exploitation aussi rapide que possible des nouvelles possibilités offertes par les Intermédiaires pour les Sciences de la Vie, les Produits pour l'électronique et la Biochimie. Seule ombre au tableau, Ciba va transférer au "grand Clariant" une dette nette d'environ 5,5Mrds FS, essentiellement liée à l'acquisition coûteuse d'Allied Colloids, ce qui porterait à environ 9Mrds FS celle de l'ensemble. Un endettement qu'il faudra bien réduire pour retrouver une plus grande liberté d'action. Il est vrai qu'après cette opération, qui change sensiblement les rapports de force, la balle est dans le camp des autres acteurs de la profession. n

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