Nous suivre Info chimie

SymBio2 veut transformer les façades en milieux de culture

Sylvie Latieule

Sujets relatifs :

, ,

3 Questions à ANOUK LEGENDRE, directrice de l'agence X-TU Architects

Pourquoi exploiter des façades pour la production de microalgues et au-delà de molécules d'intérêt ?

La ville doit changer de rôle et participer à la production de ses propres besoins. Dans certains pays, il n'y a plus de champs disponibles. Il faut donc rendre les villes productives en profitant des toitures et des éléments de façades qui ne sont pas utilisés pour laisser passer la lumière. On peut consacrer la moitié d'une façade aux habitants en laissant la lumière et l'autre moitié à la production d'algues.

Vous aviez démarré avec l'idée d'utiliser des réacteurs tubulaires...

En effet, nous avons mené des projets d'études pour la tour Bio2 à la Défense, puis pour la tour B3A à Paris sur ce concept. Puis nous avons rencontré le GEPEA qui travaillait sur des réacteurs plans, beaucoup plus adaptés tant par leur haute productivité que par leur géométrie à une intégration bâtiment. Nous nous sommes associés et nous avons déposé un 2e brevet avec eux.

Où se situe le marché ?

Il se situe principalement en Asie. Là-bas, il n'y a plus assez de terres cultivables, il faut donc faire produire les villes. En 2030, ce marché pourrait représenter 10 Mrds € pour la production de biomasse et 19 Mrds € pour l'étude et la construction de façades. Avec ce projet SymBio2, nous fabriquons peut-être le standard de demain. C'est le début d'une aventure.

SymBio2 veut transformer les façades en milieux  de culture

Biofaçades imaginées par X-TU Architects.

© X-TU

Porteur du projet, le groupe Séché accueillera un premier pilote en 2015 sur la façade d'une usine d'incinération. Au-delà, cette technologie de microalgues pourrait se déployer sur des façades d'immeubles.

Labellisé par le pôle de compétitivité Valorial et co-labellisé par Advancity, le projet Symbio2, d'un montant global de 4,9 millions d'euros recevra 1,7 M€ du Fonds Unique Interministériel (FUI 15), dans le cadre du 15e appel à projets des pôles de compétitivité. Porté par le groupe Séché, en collaboration avec les entreprises X-TU Architects, Oasiis et AlgoSource Technologies, ainsi que par le Laboratoire GEPEA (Université de Nantes, École des Mines de Nantes, Oniris, CNRS), ce projet se propose de cultiver des microalgues sur les façades de bâtiments (usines, immeubles de travail ou d'habitation), en vue d'une valorisation énergétique ou chimique de ces microalgues - ceci pour éviter des mises en cultures au sol qui mobilisent de très importantes surfaces et exploiter les milliers d'hectares verticaux de façades exposées au soleil.
 

Le projet ne part pas de zéro. Depuis 2007, le cabinet X-TU Architects mène une réflexion sur le thème des « bâtiments transformateurs » qui a débouché, en partenariat avec le GEPEA, sur la mise au point de photobioréacteurs plans pouvant être intégrés au sein de façades, à l'image de capteurs solaires. Ils se présentent sous la forme de modules plats qui renferment une lame d'eau de quelques centimètres où se fait la culture des algues. Des modules sont ensuite assemblés pour couvrir une surface donnée et connectés entre eux par un système hydraulique permettant la circulation d'eau et des microalgues. Les microalgues sont des organismes à croissance rapide qui peuvent être récoltés régulièrement (tous les 1 ou 2 jours) pour subir un traitement dans une unité extérieure. La proposition pourrait sembler saugrenue. Pourtant, il existe déjà des projets concurrents dans le monde, dont le projet allemand BIQ. Mais Anouk Legendre, directrice de l'agence XTU Architects, explique que la force des « biofaçades » inventées par sa société est que ces doubles façades forment une espèce de serre verticale et permettent ainsi de réduire la consommation énergétique tant des cultures de microalgues que du bâtiment. Fermé l'hiver, l'espace entre la façade et les photobioréacteurs produit un effet de serre. Ouvert en été, il permet une ventilation des façades, tout en servant d'ombrière au bâtiment. Spécialiste de la gestion des déchets (et non de la valorisation des algues), le groupe Séché intervient dans le projet en tant qu'utilisateur car il va être le premier à installer cette technologie sur sa centrale de valorisation des déchets ménagers Alcéa à Nantes Métropole. Cette installation fera office de pilote pour tester la faisabilité de la technologie et l'intérêt de cette « symbiose » entre bâtiments et microalgues, dont les premières simulations effectuées par Oasiis permettent d'espérer des réductions de 50 % des besoins de chauffage et rafraîchissement pour un bâtiment RT2012 et de 80 % des besoins de régulation thermique pour les cultures de microalgues par rapport aux cultures en bassins.
 

Par ailleurs, cette culture d'algues pourra pleinement bénéficier de l'énergie fatale dégagée par l'usine d'incinération et éventuellement du CO2 qui pourra être réinjecté dans les cultures, afin de stimuler la productivité des algues. L'installation des modules va débuter milieu-fin 2014, pour une livraison 2015. « Depuis quatre ans en Poitou-Charentes, nous travaillons avec la plateforme Valagro sur la valorisation de la chaleur fatale, à travers des projets dans le biogaz ou la cogénération. Ce projet est une composante supplémentaire dans la palette des outils de valorisation énergétique que pourra proposer le groupe Séché », explique Jean-François Bigot, directeur des grands projets chez Séché. En attendant, un banc d'essai de petite dimension, baptisé SymBio2-BOX, construit par X-TU Architects et instrumenté par le GEPEA, sera bientôt inauguré à Saint-Nazaire. Une fois récoltées, les microalgues produites seront raffinées. Si la production de biodiesel peut apparaître comme un objectif à atteindre, il faudra attendre une montée en puissance des volumes de production pour arriver à la viabilité économique. En attendant, Philippe Dreno, directeur de la Stratégie d'AlgoSource Technologies, société experte en ingénierie et valorisation de cultures de microalgues, conseille de se focaliser sur des molécules d'intérêt à plus forte valeur ajoutée comme l'astaxanthine, la spiruline, la phytocyanine ou les acides gras Oméga-3. La production de telles molécules pourrait constituer une source de revenus pour un investisseur qui déciderait d'installer une double façade de photobioréacteurs sur son immeuble.
 

Avant d'en arriver là, il reste de nombreux sujets de R&D à régler. Mais si le projet se concrétise, une société commune de commercialisation et d'exploitation des façades pourrait voir le jour avec des débouchés plus qu'évidents en Asie, où le manque de surfaces cultivables va de pair avec l'urbanisation des territoires.

%%HORSTEXTE:0%%

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

Altheora redynamise son tissu industriel régional

Altheora redynamise son tissu industriel régional

Pour Mecelec Composites, la situation sanitaire a été un moment décisif pour intensifier ses décisions stratégiques. En créant Altheora, la société souhaite redynamiser le tissu industriel[…]

01/05/2021 | ZoomComposites
Pyrowave recycle le polystyrène avec des micro-ondes

Pyrowave recycle le polystyrène avec des micro-ondes

Le captage et le stockage du CO2 font un pas en avant

Le captage et le stockage du CO2 font un pas en avant

Les soudières françaises entament leur démarche de transition énergétique

Les soudières françaises entament leur démarche de transition énergétique

Plus d'articles