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SyngentaChina ?

Julien Cottineau

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Michel Demaré en est convaincu : « Syngenta restera Syngenta ». Le président du géant agrochimique assure même que le siège restera en Suisse. Cela étant, la prochaine fois que les journalistes de Cash Investigation débarqueront à l'improviste pour poser des questions délicates, ils seront sans doute obligés de parler du « géant chinois de la protection des plantes ». Comme cela était pressenti, le groupe suisse est donc bien séduit par ChemChina, le colosse chimique de Pékin. 15 ans après son émancipation de Novartis et d'AstraZeneca, Syngenta devrait donc drastiquement changer de profil. ChemChina propose environ 43 milliards de dollars, une offre que le comité directeur de Syngenta recommande unanimement aux actionnaires. Dernièrement, certains d'entre eux semblaient remontés. Une alliance d'actionnaires menait même une campagne féroce contre la direction, et fustigeait tout accord avec ChemChina. Mais depuis l'officialisation de l'offre, l'alliance a considérablement baissé le ton. Elle évoque une proposition attractive, malgré d'éventuels risques réglementaires et des sentiments mitigés vis-à-vis d'une nationalisation chinoise. Les bénéfices entrevus aident sans doute à faire passer la pilule, surtout après le raté Monsanto. ChemChina propose 465 $ pour chaque action de Syngenta, assorti d'un dividende spécial de 5 francs suisses par titre. L'offre est conditionnée à l'obtention de 67 % du capital. À l'avenir, ChemChina envisage aussi une introduction en Bourse. La transaction pourrait être finalisée d'ici la fin de l'année. Si tout va bien.
 

« ChemChina propose 43 milliards de dollars »
 

Car ça ne pourrait pas être si simple. D'abord on ne peut exclure une contre-offre. À l'heure où le marché de l'agrochimie est secoué par une conjoncture défavorable et où les principaux acteurs s'agitent, notamment avec le rapprochement Dow-DuPont, le secteur n'est plus à une surprise près. Des rumeurs parlent d'un retour de Monsanto dans la bagarre. Quant aux Allemands BASF et Bayer, ils ne se laisseront peut-être pas distancer sans réagir. L'irruption d'un nouveau géant dans cette hiérarchie n'est sans doute pas du goût de tous. D'autant qu'il s'agit d'un acteur chinois qui dispose d'un marché domestique agricole considérable. Pire, si ChemChina est déjà présent dans les engrais et les pesticides, il ne l'est pas encore dans le secteur hautement stratégique des semences.
 

D'autre part, cette acquisition nécessitera l'approbation des autorités de la concurrence dans le monde. Il semble y avoir moins de risques de monopole comparé à une fusion avec Monsanto. Certes. Mais rien ne dit que les autorités américaines ne fassent pas d'histoires. Surtout que Syngenta a généré 25 % de ses ventes 2015 (3,4 Mrds $ sur un total de 13,4 Mrds $) en Amérique du Nord. Venant d'un acteur libéral suisse, ça passe. Mais venant d'un groupe national chinois, ça pourrait défriser l'Oncle Sam, qui sait se montrer protectionniste au besoin. Enfin, l'appétit de ChemChina pourrait aussi agacer. Ce groupe, qui revendique 45 Mrds $ de ventes en 2015 et 140 000 salariés, a été créé en 2004 en regroupant des actifs publics. Devenu n°1 de la chimie en Chine, il a depuis procédé à quelques acquisitions stratégiques à l'international dans le secteur, comme avec Adisseo, Rhodia Silicone (devenu Bluestar Silicones), ou encore l'Israélien Makhteshim Agan, ou dans d'autres branches industrielles comme avec l'Italien Pirelli et l'Allemand KraussMaffei. Sortant à chaque fois un peu plus lourdement son portefeuille. Avec 43 Mrds $ pour Syngenta, ChemChina se lancerait même dans la plus grande acquisition chinoise à l'étranger. Une grande marche en avant...

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