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Un "benchmarking" place la Finlande et la Suède en tête de palmarès

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Le Conseil européen a commandé une étude sur les performances des quinze pays de l'Union européenne en matière de R&D. Les résultats préliminaires mettent en lumière la domination des pays scandinaves et l'essoufflement de la France.
Gilbert SCHORSCH
(Fondation industrielle de l'Association franco-suédoise pour la recherche) C'est au sommet de Lisbonne, en mars 2000, que Philippe Busquin, commissaire général responsable de la Recherche, a développé officiellement l'idée de "l'European Research Area" pour doter l'Europe de moyens compétitifs en matière de R&D face à la domination américaine et la menace des pays asiatiques. Mais un tel objectif passe obligatoirement par un état des lieux. Avant donc de faire des propositions, le Conseil européen a demandé à la Commission de faire du "benchmarking" sur les résultats de R&D des quinze pays de l'Union européenne. La commission a retenu comme critères de comparaison : les moyens humains (nombre de cadres et ingénieurs évoluant en R&D, niveau de qualification d'une tranche d'âge...), les moyens financiers (investissement public, investissement des entreprises, capital-risque...), les résultats concrets que ces investissements ont apportés (nombre et notoriété des publications scientifiques et brevets, part des produits à fort contenu technologique dans le chiffre d'affaires des sociétés...). Des tableaux préliminaires, s'appuyant sur quatorze indicateurs, ont d'ores et déjà été publiés [1]. La première remarque est qu'il ne se dégage pas de conclusions très claires de la trentaine de tableaux publiés. Tout juste l'impression que les pays scandinaves semblent bien tirer leur épingle du jeu... Une certaine déception aussi de constater que les positions de la France ne sont pas bonnes. C'est pourquoi nous avons voulu aller plus loin en proposant un classement général aux points. Pour chacun des indicateurs, nous avons attribué un nombre de points de 15 à 1 à chaque pays selon son rang en 2000 et sa progression entre 1995 et 2000. Ces résultats publiés dans le tableau 1 montrent que les pays du Nord de l'Europe, au sens large, avec plus de 200 points, mènent incontestablement le peloton. Ceux de l'Europe du Sud, avec moins de 150 points, ferment la marche. La France et la Grande- Bretagne se situent, avec l'Autriche, très exactement entre ces deux pelotons. Afin de proposer une analyse plus fine, nous sommes partis de l'idée que les rangs apprécient plutôt les positions acquises, résultant des actions antérieures, tandis que les taux de croissance indiquent davantage la dynamique que les pays impriment à leur politique de développement. Le traitement des données, selon ce partage, est résumé dans le tableau 2. Il montre que la Finlande doit sa première place au maintien de son dynamisme actuel qui lui permet de dépasser légèrement la Suède. C'est aussi cette volonté de progresser, qui permet à l'Irlande de rivaliser avec les pays scandinaves et aux pays du Sud ­ Portugal, Espagne et Grèce, dans l'ordre ­, de remonter au classement. Le Danemark et la Belgique dans la première moitié du classement, l'Autriche et l'Italie, dans la seconde, maintiennent approximativement leur rang, c'est-à-dire que ces pays n'infléchissent guère leurs efforts. Au contraire, des pays aux positions antérieurement bien établies ­ dans l'ordre l'Allemagne, les Pays-bas, la France, et dans une moindre mesure le Royaume-Uni ­, sont en train de perdre du terrain. A ce stade de l'étude, il nous a paru aussi intéressant de rechercher le moteur principal des critères retenus. En effet, alors que certains des indicateurs traduisent plutôt une volonté gouvernementale (le nombre de docteurs d'une tranche d'âge, le nombre de publications scientifiques, la part de l'investissement recherche dans les dépenses publiques...), d'autres sont davantage liés au dynamisme des acteurs économiques nationaux (part de R&D par rapport au chiffre d'affaires, part du capital-risque, nombre de brevets, part des emplois high-tech dans la main-d'œuvre totale...). Les rangs et les taux de croissance ont été retenus pour chacune de ces deux séries de critères. La sensible équivalence des positions, dans le tableau 3, selon les deux types de classement, est significative. Les deux moteurs de la fusée, l'action de la puissance publique et celle des entreprises, ne doivent-ils pas être allumés simultanément pour propulser l'économie d'un pays en orbite ? Au vu des chiffres, on peut néanmoins conclure qu'en Finlande et au Danemark pour les pays scandinaves, au Portugal et en Espagne pour les pays du Sud, les politiques gouvernementales impulsent prioritairement l'action. Par contre en Suède et en Irlande pour le Nord, en la France et en Grèce pour le Sud, ce sont les entreprises qui impriment davantage le rythme. Tir groupé des pays scandinaves La présentation et l'analyse, certes un peu simpliste, des indicateurs de la Commission méritent quelques commentaires. Bien sûr, il faut d'abord avoir conscience des limites de cette analyse, pour diverses raisons : la liste des indicateurs exploitables à terme n'est que partielle pour le moment, les données correspondent à des moyennes, toutes industries confondues ­ les données par secteur sont en train d'être collectées. Néanmoins, l'analyse fournit, dès à présent, des indications qui vont à l'encontre de certaines idées reçues. Revenons tout d'abord sur les résultats de l'évaluation et sur le bon tir groupé des pays scandinaves, vainqueurs par équipes de l'épreuve. Selon le classement, Finlande et Suède se partagent la majorité des premières places. Des racines culturelles, un sens des responsabilités, du pragmatisme sont incontestablement à la base des succès scandinaves. Les conditions climatiques obligent ces populations à se battre, à faire des prévisions et à répondre à des besoins pratiques précis. Les professeurs doivent avoir une expérience industrielle d'au moins cinq ans avant d'enseigner dans les Instituts polytechniques en Suède. La Suède ou la Finlande n'ont pas de CNRS, mais disposent de Centres techniques spécialisés, dans lesquels universitaires et industriels collaborent sur des objectifs pratiques concrets. Voilà, pêle-mêle quelques explications toutes personnelles, pour expliquer la course en tête de la Finlande et de la Suède. Le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne en perte de vitesse Des pays avec une plus longue tradition industrielle, tels que, par ordre chronologique de leur apparition... et maintenant de leur déclin, le Royaume-Uni, la France et plus récemment l'Allemagne, sont en perte de vitesse. L'abandon de toute ambition industrielle nationale, à l'exception des secteurs pétroliers et pharmaceutique, pour le Royaume-Uni, l'absence de véritable projet industriel et le manque de compétitivité des entreprises en France, la charge de la réunification trop lourde et le poids excessif du secteur industriel pour l'Allemagne, expliquent ces replis. La diversité des critères pris en compte, efface les seuls prestige et notoriété des publications issues de Cambridge ou d'Oxford, l'excellence des formations dans les grandes écoles françaises, ou les performances, avant le 11 septembre 2001, des grandes entreprises allemandes ! Ces joyaux sont nécessaires, mais ils ne sont plus suffisants. A l'inverse, des pays aux ressources ou aux conditions de développement plutôt limitées, ont su créer les conditions qui leur permettent de rattaper leur retard. L'Irlande en est l'exemple emblématique. Une politique d'accueil des entreprises et une situation géographique favorable, tête de pont de la Communauté européenne pour les multinationales, ont attiré des entreprises, sensibles à la formation délivrée au Trinity ou à l'University College à Dublin. Dans une moindre mesure, le Portugal, l'Espagne tentent de combler leur retard. Tandis que, selon cette enquête, l'Italie est vraiment le mauvais élève de la classe... et décidé à le rester. C'est inquiétant pour nos proches voisins. Arrêtons-nous et commentons ensuite les performances françaises. Pour le moment, nos positions restent encore plus qu'honorables pour des critères essentiels. Nous sommes encore quatrième pour le nombre de cadres techniques, pour celui des docteurs issus d'une classe d'âge, et pour la part de la R&D dans le PIB. Mais nos positions s'effondrent littéralement pour les taux de croissance correspondants : 12e, 11e et même dernier pour la croissance de l'investissement R&D par rapport au PIB (+0,62 % contre +13,02 % pour la Finlande !). Il y a donc péril en la demeure. Nous récoltons deux médailles d'or. D'abord pour la part de la R&D dans la dépense publique, où notre performance (4,95 %) dépasse celle des Etats-Unis (4,2 %) et représente plus du double de celle du deuxième, la Finlande, qui se contente de 2,11 %. Il est vrai que nous rectifions actuellement le tir, car nous sommes les derniers en taux de croissance des moyens ! Mais les résultats de nos effort ne sont pas à la hauteur des attentes : 8e et 11e respectivement pour les brevets européens et américains ­ indice d'une certaine frilosité ­, 14e et 15e pour les taux de croissance correspondants. Le résultat du nombre de publications scientifiques par million d'habitants n'est pas meilleur : 9e avec 65 publications et 13e seulement pour leur taux de croissance. Cette médaille a donc un goût amer. Il n'est pas étonnant que la publication de ces statistiques européennes n'a pas eu, en France, la diffusion qu'elle aurait méritée. Les Etats-Unis vainqueurs de la compétition mondiale Notre 2e médaille d'or est plus surprenante. C'est la France qui détient, pour l'Europe, la part de marché mondial la plus importante des produits high-tech : 7,39 %, et distance légèrement, dans l'ordre, l'Allemagne (7,32 %) et l'Angleterre (6,31 %). Ces trois pays, dont le déclin est annoncé, ont encore de beaux restes. Mais leurs positions stagnent, tandis que les taux de progression annuels des pays dynamiques, Irlande, Pays-Bas ou Finlande, ont augmenté entre 7,7 et 6,4 % de 1995 à 1999. Ce bon classement explique pourquoi en France ce sont davantage les entreprises que l'Etat qui tirent le développement économique (tableau 3). Ce qui n'empêche pas la France de ne se trouver qu'en milieu de peloton (7e) pour la balance des paiements technologiques. Nos exportations reposeraient-elles sur des technologies importées ? L'efficacité de notre système de recherche serait-elle donc une nouvelle fois prise en défaut ? Signalons enfin que la Commission a profité de ces enquêtes pour calculer les moyennes des performances européennes et les comparer à celles de nos principaux concurrents, les Etats-Unis et le Japon. Les résultats sont sans appel et les Etats-Unis sortent largement vainqueur de la compétition mondiale. Avant de conclure, félicitons la Commission d'avoir réagi aussi vite. Preuve de l'intérêt qu'elle porte au sujet. Dès à présent, les données préliminaires rassemblées ne manquent pas d'intérêt. Ces tableaux méritent d'être examinés en détail par tous les responsables économiques et politiques. Ils sont les préalables de toute réflexion et action commune. Gageons que le nouveau ministre de la Recherche, Claudie Haigneré, qui a l'habitude de prendre un peu de hauteur, les fera examiner à la loupe, pour fixer les orientations futures. Il apparaît en effet clairement, les contre-performances japonaises et françaises le démontrent, que la réussite n'est pas qu'un problème de moyens ! Ayons aussi conscience des effets circonstanciels de cette évaluation. La période analysée correspond à l'envolée des technologies de la communication, où les leaders scandinaves, Nokia et Ericsson, ont lancé, avec l'aide de leurs gouvernements, des programmes ambitieux, qui se sont dégonflés lorsque la dure réalité des marchés s'est imposée. Les positions scandinaves sont probablement surévaluées. Nos amis suédois le reconnaissent d'ailleurs volontiers. Cette analyse doit, en tout cas, se poursuivre et nous ne pouvons qu'inciter des spécialistes des analyses statistiques et économiques à prendre le relais et à se concerter pour aider à bien comprendre les mécanismes du développement technologique. Bibliographie [1] "Towards a European Research Area : Indicators for benchmarking of national policies (Key Figures 2001)". Pour commander la publication :
Ms Fotini Chiou (Research DG)
Rue de la Loi, 200. Wetstraat
1049 Bruxelles/Brussel
Tél. : (32-2) 296 90 26
Fax : (32-2) 296 26 40 L'auteur tient à remercier Colin Droniou, journaliste à L'Actualité Chimique qui s'est pleinement investi dans l'exploitation des données fournies par la Commission européenne.

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