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Une année 2017 « exceptionnelle »

Par Sylvie Latieule

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Croissance en volume de 4,6%, exportations record, annonces d'investissements qui s'enchaînent... la chimie en France a toutes les raisons de se féliciter de l'année écoulée. Pour 2018, un léger tassement est à prévoir, mais l'UIC envisage tout de même une croissance en volume de 3%, bien au-dessus de la moyenne de ces dix dernières années.

Les chiffres dévoilés par l'Union des industries chimiques (UIC), le 4 avril, sont indiscutables. La chimie en France a connu une année 2017 « exceptionnelle », marquée par une croissance en volume de 4,6% par rapport à 2016, après 0,9% de croissance sur le précédent exercice. Dans ces conditions, le chiffre d'affaires de la profession ressort à 70 milliards d'euros contre 67 Mrds €, un an plus tôt. Ces bonnes performances sont à mettre à l'actif d'une croissance mondiale soutenue et de quelques fermetures de sites sur le sol chinois, qui ont créé un appel d'air sur les volumes et les prix, a signalé Pascal Juéry, président de l'UIC. En France, cela s'est traduit par une reprise des secteurs clients avec une hausse de la production manufacturière et des exportations dès le début de l'année. De plus, un effet de rattrapage s'est produit pour la production chimique, en rebond de près de 7% au deuxième trimestre 2017. Sur la même période de 2016, l'activité était en effet au plus bas, du fait des grèves dans les raffineries et des mouvements sociaux contre la Loi Travail.

Tous les segments de la chimie sont en hausse, en particulier la chimie organique qui rebondit fortement de 7,5% en volume, grâce au rattrapage du deuxième trimestre. Cette chimie a aussi profité de la bonne tenue de ses principaux débouchés tels que les industries de transport (automobile, aéronautique, ferroviaire...), les produits électroniques, la pharmacie, les produits de consommation (équipements sportifs, textiles...) et la construction en France et à l'international. En moyenne, les produits organiques de base ont enregistré une croissance de 8,3% en volume (après +1% en 2016) et les matières plastiques de 7,8% (après 1,1%).

La chimie minérale inverse enfin la tendance et repasse dans le vert (+0,8%), après deux années de décroissance (-1,9% en 2016 et -2,4% en 2015). Cela s'explique par un redressement de l'activité dans tous les secteurs, hormis les produits inorganiques de base (chlore, soude, phosphates...). A contrario, les gaz industriels, les colorants et les pigments ont bénéficié d'une demande soutenue de l'industrie. Pour ce qui est des engrais, malgré une demande atone en début d'année, les livraisons se sont redressées sur le dernier trimestre, à la faveur de conditions climatiques plus favorables. Sur l'année, la production d'engrais finit en hausse de 3,7% en volume.

Croissance modérée dans les spécialités

Les spécialités ont enregistré une nouvelle année de croissance (+3,1%), même si elle se modère par rapport aux exercices précédents (+5,6% en 2016 et +12,2% en 2015). La moyenne sur 10 ans s'établit néanmoins à +3,8%. L'ensemble des secteurs ont contribué à cette progression, en particulier les peintures, vernis et colles portés par la demande de la construction et de l'industrie des biens de consommation (loisirs, produits électroniques...).

Enfin, après deux années de ralentissement, la production de savons, parfums et produits d'entretien a nettement rebondi, affichant une hausse de 8,2%. La demande reste forte en France comme à l'étranger car la part dans le budget des ménages des produits de soins ne cesse d'augmenter.

Pour ce qui est des prix de vente des produits chimiques, ils se sont redressés de 3% par rapport à 2016, après quatre années consécutives de recul. Amorcée à la mi-2016, l'augmentation des prix des principaux intrants (pétrole, naphta, gaz naturel) s'est en partie et progressivement transmise aux produits et dans la chaîne aval, favorisée par une demande des marchés robuste.

Des ventes à l'export en croissance

En 2017, dans une conjoncture intérieure et internationale dynamique, les échanges extérieurs de la chimie se sont bien développés. Résultat, la chimie en France est devenue le premier exportateur du pays, avec des ventes à l'export record de 58,7 milliards d'euros, en hausse de 8,5% en valeur (+5% en volume), qui la placent juste devant l'aéronautique (ou juste derrière si l'on raisonne en solde commercial). En parallèle, les exportations ont enregistré une croissance de 7,4% en valeur et 3,6% en volume, à la faveur d'une hausse des prix. Dans ces conditions, le solde de la balance commerciale ressort à 8,6 Mrds €, contre 7,5 Mrds €, un an plus tôt.

L'analyse par secteur montre que les savons, parfums et produits d'entretien ont affiché une balance commerciale record de 10,6 Mrds € en 2017 (après 9,3 Mrds € en 2016). Cette performance est à mettre à l'actif d'une progression de 10,9% des exportations, tandis que les importations n'ont progressé que de 5,4%.

Il faut aussi souligner la bonne performance des spécialités chimiques dont l'excédent des échanges s'est hissé à 3,2 Mrds € (contre 2,6 Mrds € en 2016). L'UIC souligne que les produits phytopharmaceutiques ont repris de la vigueur, tandis que le secteur des peintures, vernis et encres, qui exporte près de 60% de sa production vers l'Union européenne, a profité de la bonne conjoncture de ses marchés. La chimie organique est également excédentaire en termes de balance commerciale (+ 2,1 Mrds €). En revanche, la France est déficitaire, tant en chimie minérale qu'en chimie fine pharmaceutique. En chimie minérale, toutes les familles de produits sont importateurs nets et toutes ont vu leur déficit s'aggraver en 2017. En chimie fine pharmaceutique, l'année 2017 a été marquée par des approvisionnements record depuis l'Union européenne, et plus particulièrement, depuis l'Autriche.

Les échanges avec l'Europe majoritaires

De façon plus générale, les échanges de la chimie en France sont principalement réalisés avec l'Union européenne (UE) qui absorbe 62% des exportations et fournit 70% des importations. En 2017, les ventes vers l'UE ont nettement progressé au rythme de 7,8% en valeur pour atteindre 36,2 Mrds € grâce à un effet prix très significatif (seulement 2% de hausse en volume). Les trois premiers pays clients sont l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni. En parallèle, les importations ont davantage accéléré, tant en valeur qu'en volume, grâce à une demande domestique soutenue (35 Mrds €). Les trois principaux fournisseurs de la France sont l'Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas. Au global, la balance commerciale s'est légèrement dégradée à 1,2 Mrd € en 2017, contre 1,7 Mrd € en 2016.

Les échanges avec l'Amérique du Nord restent importants et les exportations se sont même accélérées (+10,2%), tandis que les importations se sont contractées (-4,7%). La chimie en France continue d'enregistrer un déficit commercial avec cette zone de -559 M€ en 2017 contre -1,1 Mrd € en 2016.

Solde excédentaire avec l'Asie

Hors Union européenne, c'est néanmoins vers l'Asie que les exportations sont les plus soutenues. Elles ont d'ailleurs progressé de 13,3% en valeur en 2017 (contre +2,5% en 2016), profitant de la demande dynamique des marchés, en particulier du marché chinois (1/3 des ventes asiatiques devant Singapour à 23,5%). Malgré des achats plus soutenus (+7%), le solde des échanges avec l'Asie reste excédentaire à près de 3 Mrds €.

Dans ce contexte, les entreprises ont retrouvé des marges confortables, comparables à celles enregistrées dans les « très bonnes années ». Et le moral des patrons s'améliore à mesure que le gouvernement déroule sa stratégie « pro-business ».

En revanche, l'UIC annonce que ces performances 2017 ne seront pas forcément reproductibles en 2018. L'organisation table néanmoins sur une hausse honorable de 3% des volumes de production sur 2018. Sur les années suivantes, il faudra continuer à engranger de la croissance, autour de 2,5 à 3%, chaque année, si l'on souhaite enfin voir les effectifs progresser. Pour l'heure, ils sont stables à 165000 salariés. Le montant des investissements de la profession stagne à 3,1 Mrds €. De plus, seulement 25% de ce montant restent consacrés à l'investissement productif, quand les chimistes allemands dédient la moitié de leurs investissements à l'augmentation de capacités. Néanmoins, les belles annonces ont été faites, ces dernières semaines, du côté de SNF Floerger, Minakem ou encore Elkem Silicones, sans compter le projet du Chinois Quechen à Fos. Tout cela finira bien par se traduire dans les chiffres globaux.

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