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« Une occasion unique pour la France de faire parler de sa chimie »

Propos recueillis par Sylvie Latieule
« Une occasion unique pour la France de faire parler de sa chimie »

Président de BASF France, Olivier Homolle vient d'être élu à la présidence de l'UIC.

© © UIC

La chimie en France doit relever de nombreux défis pour assurer son succès et son avenir. L'année internationale de la chimie en 2011 devrait lui permettre d'améliorer son image. Détails avec Olivier Homolle, qui vient d'être élu à la présidence de l'Union des Industries Chimiques.

Info Chimie Magazine : L'industrie chimique en France a traversé une année 2009 difficile. L'année 2010 s'annonce meilleure, mais pensez-vous que cette industrie soit tirée d'affaire ?

Olivier Homolle : Il est clair que le début de l'année 2010 a été meilleur que le début de 2009, avec une croissance de la production de l'ordre de 15 %. C'est une hausse très significative, mais il ne faut pas oublier que 2009 avait été une année très difficile. La comparaison reste donc relative. Il est important de noter que l'industrie chimique irrigue toutes les bran ches de l'industrie et des produits de grande consommation. De ce fait, l'industrie chimique ne va bien que si l'ensemble de ses marchés en aval vont bien, ainsi que toute l'économie française, européenne et mondiale. L'industrie chimique travaillant beaucoup à l'export. On observe aujourd'hui des signaux positifs de reprise de l'économie. Il n'y a plus comme début 2008 de phénomène de surstockage et l'ensemble de la chaîne de valeur tourne sainement. Cela dit, il faut rester prudent. La baisse de l'euro a favorisé l'export, mais elle a augmenté le prix des matières premières et de l'énergie. Par ailleurs, la consommation des ménages reste faible. Il y a également beaucoup d'incertitude sur les mesures d'austérité qui sont annoncées dans plusieurs pays européens. La tendance est donc positive. Mais avant d'affirmer que l'on est sorti de la crise et que les six mois à venir seront meilleurs que ceux qui viennent de s'écouler, il faut être prudent. La visibilité reste réduite.

I.C.M. : En particulier pensez-vous que la pétrochimie ait encore de l'avenir sur notre territoire ?

O.H. : L'avenir de la pétrochimie repose bien évidemment d'abord sur sa capacité à innover pour réduire ses coûts, avec la nécessité d'avoir des unités toujours plus performantes. D'ailleurs ceci n'est pas spécifique à la pétrochimie et concerne en fait toutes les branches de la chimie. Il n'y a pas de secteur protégé. Tous doivent se remettre en cause en permanence. Outre la poursuite de ses efforts continus de productivité, la pétrochimie doit réduire son empreinte environnementale, améliorer son acceptabilité par le grand public, exploiter l'atout de la proximité de ses clients par des partenariats innovants et se placer dans la chaîne de valeur en bénéficiant de l'appui du raffinage. Dans ces conditions, la pétrochimie a sans aucun doute un avenir performant sur notre territoire, même s'il y a peu de chances que de nouvelles capacités voient le jour en raison de la forte concurrence du Moyen-Orient.

I.C.M. : Si la pétrochimie fait de la résistance, la chimie en France n'est-elle pas en train de se spécialiser sur d'autres segments ?

O.H. : La chimie se dirige, soit vers une chimie de spécialités plus avancée dans la chaîne de valeur, soit vers une chimie de proximité pour certains marchés comme le bâtiment ou l'agriculture. Pour qu'elle puisse garder des positions fortes, elle ne doit pas ménager ses efforts en matière d'innovations produits et procédés. Elle doit apporter en permanence des solutions nouvelles à ses clients et bien s'intégrer dans la chaîne de valeur. Il faut aussi s'orienter vers les marchés du futur et s'y positionner avec toute l'innovation nécessaire. Un autre point important est l'amélioration de la compétitivité. Ce point a été discuté dans le cadre de l'étude Pipame, puis repris dans les conclusions des États Généraux de l'Industrie. Parmi les facteurs de compétitivité, il y a notamment l'accès à la matière première et à l'énergie à des coûts abordables, l'amélioration du transport et des infrastructures, la simplification réglementaire et la diminution des prélèvements obligatoires.

I.C.M. : La chimie en France a-t-elle un problème de désindustrialisation ?

O.H. : Certains en France ont rêvé pendant trop longtemps d'une économie verte sans industrie. Mais il faut être conscient qu'il n'y a pas d'économie forte sans industrie forte et qu'il n'y a pas d'industrie forte sans industrie chimique forte. Cela n'empêche pas l'évolution vers une chimie plus durable et vers une économie plus environnementale. C'est d'ailleurs une très bonne chose. Mais ces évolutions apportent du changement. Il faut se remettre en question, repérer les vraies filières industrielles du futur, se transformer. Et surtout il faut accompagner ce changement plutôt que de le subir. Je suis plutôt optimiste quant à la capacité de la chimie française face à l'avenir.

I.C.M. : En matière de R&D, que se passe- t-il en coulisse. La recherche académique est-elle dynamique ?

O.H. : Nous avons la chance d'avoir une recherche académique dynamique, reconnue dans le monde entier. Une autre chance est que le gouvernement ait mis en place des outils importants pour la valoriser et la rapprocher de la R&D publique et industrielle. Parmi ces outils, on peut citer l'ANR, l'Ademe, l'Oseo et les pôles de compétitivité. Ces derniers n'ont pas de budget, mais ils jouent un rôle important au niveau régional en mettant différents acteurs autour d'une table et en déterminant les axes stratégiques pour se développer.

De son côté, l'Union des industries chimiques supporte les projets qui vont dans le sens des axes stratégiques définis par l'étude du Pipame, notamment par le biais de l'Association chimie du végétal (ACDV) et de la plateforme SusChem France. Nous soutenons l'industrie chimique dans sa volonté de s'intégrer dans les filières du futur, dans l'amélioration de sa durabilité et de sa responsabilité sociétale. Pour cela il faut soutenir en France le développement de la chimie du végétal et de l'économie circulaire. L'UIC joue aussi un rôle important d'accompagnement auprès de ses adhérents, en particulier auprès des TPE/PME. Nous avons d'ailleurs vis-à-vis d'eux un rôle de facilitateurs pour leur permettre d'aborder ces filières d'avenir.

I.C.M. : Y a-t-il suffisamment de partenariats entre industriels et recherche académique ?

O.H. : Le 8 juillet, dans le cadre des premiers ateliers de réflexions de Suschem France nous avons accueilli pour la première fois des chercheurs du CNRS et de la SCF qui sont venus discuter des différents sujets, alors que le démarrage de la plateforme s'était surtout fait avec l'aide d'industriels. Nous poussons désormais au rapprochement avec les milieux académiques et souhaitons faciliter le passage de pilotes vers des réalisations industrielles. La difficulté de la France, par rapport à d'autres pays, est qu'elle manque de passerelles entre la recherche académique et industrielle. En Allemagne, les échanges se font naturellement. C'est historique, c'est ancré dans les mœurs. De leur côté, les Américains ont la réputation de financer aisément ce genre de partenariats. Mais grâce à Oseo, la France a beaucoup progressé. Dans ce domaine, le Comité ambition Chimie, créé en mai 2009, joue un rôle capital dans la mobilisation des différentes forces vives.

I.C.M. : Que va apporter le grand emprunt ?

O.H. : Le 8 juillet dernier, Christine Lagarde, ministre de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi et Christian Estrosi, ministre chargé de l'Industrie, dans le cadre de l'installation de la Conférence nationale de l'industrie (CNI), nouvelle instance de la politique industrielle française, on a fait un point sur la mise en œuvre des 23 mesures décidées par le Président de la République le 4 mars 2010, en clôture des États Généraux de l'Industrie. Dans ce cadre, 1,3 milliard d'euros devraient être alloués à la filière chimie verte et énergie. Ces fonds vont servir à apporter des moyens de financement à des grands projets industriels d'innovation. Projets qui doivent irriguer tout le tissu industriel et être créateurs d'emplois, tout en associant public et privé. Le commissaire à l'investissement et l'Ademe vont lancer les appels d'offre et débloquer des fonds dans les trois à six mois. Tous ces projets seront rendus publics une fois sélectionnés.

I.C.M. : Selon vous, la chimie est-elle reconnue à sa juste valeur comme une industrie stratégique pour la France, par le gouvernement ?

O.H. : Par le gouvernement ? Sans aucun doute. Depuis le rapport Garrigue et la mise en place du Cosic, la chimie est reconnue comme une industrie de première importance. Cela vient d'être confirmé par les conclusions des États Généraux de l'Industrie qui ont reconnu la filière « chimie et matériaux » comme l'une des 11 filières stratégiques pour l'industrie. En revanche, la chimie aurait besoin de plus de reconnaissance auprès du grand public. Par ailleurs, le seul soutien du ministère de l'Industrie ne suffit pas. Nous aspirons à plus de dialogue avec le ministère de l'Écologie. Il faut à tout prix éviter que ne se crée un clivage entre une chimie classique pointée du doigt et une chimie durable verte et bénéfique. Les deux chimies sont essentielles, d'autant que la chimie classique se transforme de plus en plus.

I.C.M. : Quelles seront vos ambitions et priorités à ce poste de président de l'UIC pour faire progresser la chimie en France ?

O.H. : Je voudrais tout d'abord rappeler que mon action en tant que président de l'UIC s'établit dans la continuité de la dynamique insufflée par mes prédécesseurs et par les équipes en place. Il n'y a pas de rupture. Par ailleurs, l'UIC est une organisation professionnelle qui comprend des antennes régionales, et des syndicats sectoriels et nous veillons en permanence à associer tout le monde à travers un management collégial de toutes les parties prenantes. La première et principale priorité qui correspond à une vision partagée absolument par tous au sein de l'UIC est que la chimie doit être une industrie forte et compétitive et qu'elle doit se positionner clairement sur les axes stratégiques majeurs définis par l'étude Pipame et par les États Généraux de l'Industrie. Elle doit s'y intégrer et apporter des solutions performantes et innovantes pour l'avenir. La chimie doit notamment améliorer sa durabilité à travers une progression continue du côté des produits et des process avec une attention particulière accordée à la chimie du végétal et à l'économie circulaire. Un autre axe très important est celui du dialogue social. Nous devons développer et poursuivre ce dialogue dans la plus grande transparence pour préparer nos organisations et les salariés au monde de demain. Ce dialogue se passe déjà relativement bien. Il faut le poursuivre et le renforcer dans le cadre de la défense des emplois de demain.

Enfin, il reste la question de l'image de la chimie. La chimie en tant qu'industrie et science doit absolument arriver à être mieux perçue. Cette question dépasse le cadre de la chimie et s'inscrit dans un débat plus global de la perception des jeunes de la science et du progrès. Il y a un chantier énorme à mener vis à vis des jeunes pour redonner de l'attractivité à ce secteur.

I.C.M. : Est-ce que l'année internationale de la chimie est à ce titre un rendez-vous important ?

O.H. : La proclamation de 2011 comme année internationale de la chimie fait suite à une décision des Nations Unies. L'Unesco et l'Union Internationale de Chimie Pure et Appliquée (IUPAC) sont chargées d'organiser cet événement mondial qui doit montrer le rôle prééminent de la chimie dans les activités humaines. C'est donc une manifestation d'envergure mondiale, mais la cérémonie d'ouverture se déroulera à Paris fin janvier 2011 au siège de l'Unesco et c'est une occasion unique pour la France de faire parler de sa chimie et de ses acteurs. Et plus largement, de reparler de la place de la chimie dans la société et face à tous les défis et attentes du monde de demain. La chimie est une des clés pour apporter des solutions aux problèmes climatiques, environnementaux ou de qualité de vie.

La cérémonie d'ouverture sera équilibrée entre des interventions de scientifiques et d'industriels. Puis toute l'année, des manifestations petites et grandes se dérouleront sur le territoire scientifique, enseignants, industriels, tout le monde va apporter sa contribution pour présenter toutes les facettes de la chimie. Au total, nous tablons sur une centaine de manifestations. Nous espérons qu'elles marqueront le grand public, en particulier les jeunes, qui constituent notre principale cible et nous avons en tant qu'UIC plusieurs actions phares que nous dévoilerons le moment venu.

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