Nous suivre Info chimie

Une organisation en plateforme pour gagner en compétitivité

Sylvie Latieule

Une récente étude commandée par le Pipame et l'UIC met en avant les atouts de la mutualisation pour soutenir le développement de nos grandes plateformes industrielles.

L'industrie chimique allemande est aujourd'hui la 4e industrie mondiale et la 1ère en Europe. Or l'une de ses particularités est de posséder des plateformes géantes (des verbunds) telles que Ludwigshafen (opérée par BASF), Leverkusen (avec Bayer comme principal opérateur) ou Leuna (site multi-opérateurs). Elles se caractérisent par une gouvernance commune, une forte intégration entre chimies amont et aval. Et lorsque les matières premières ne sont pas fabriquées sur la plateforme, leur accès se fait à des coûts compétitifs.

La France possède aussi quelques plateformes. Dans une circulaire datant de juin 2013, le ministère de l'Écologie en a recensé 17. Mais elles sont bien moins imposantes que leurs voisines européennes. La plus importante, située autour du port du Havre, emploie un peu plus de 5 700 personnes quand Anvers en Belgique compte plus de 12 000 salariés. Par ailleurs, seules deux plateformes bénéficient véritablement d'une gouvernance mutualisée. Il s'agit de Lacq-Mourenx (64) créée dans les années 60 pour valoriser le gaz et le soufre du gisement de Lacq. Elle est gérée par la Sobegi, filiale de Total et de Cofély. On peut également citer la plateforme de Roussillon (38) pilotée par le GIE Osiris, plateforme placée sous les feux de l'actualité avec la confirmation d'un investissement de 200 millions d'euros de la société américaine Hexcel dans le domaine du polyacrylonitrile et de la fibre de carbone.

D'autres plateformes sont en cours de structuration. Par exemple à Fos, les statuts d'une nouvelle association, baptisée Piicto, ont été signés le jeudi 5 septembre. Le projet consiste à mettre en place une plateforme industrielle et d'innovation au Caban Tonkin dans les bassins ouest du Grand Port maritime de Marseille (GPMM). Sur les 1 200 hectares de superficie, seuls 43 % sont occupés à ce jour par KemOne, Lyondell chimie France, Bayer, Asco Industries, Solamat Merex, GDF Suez Thermique France, Everé, Air Liquide et Elengy. L'un des tout premiers objectifs sera d'installer un réseau de vapeur mutualisé pour diminuer le coût de cette utilité.

Un autre projet est en préparation à Carling. Le groupe Total a annoncé l'arrêt de son vapocraqueur pour la fin 2015, mais en contrepartie, il est en train de réinvestir dans des unités de résines d'hydrocarbures à plus forte valeur ajoutée. Une association vient tout juste d'être créée avec d'autres acteurs dont le groupe Arkema. La volonté est de faire avancer la plateforme et d'optimiser ses coûts.

Pour appuyer cette stratégie de structuration de la chimie en France, le Pipame (Pôle interministériel de prospective et d'anticipation des mutations économiques) et l'UIC ont commandé une étude sur le sujet au cabinet Advancy. Ce dernier a comparé 8 plateformes françaises à cinq européennes selon les critères suivants : gouvernance, intégration, coût des services et des utilités, logistique, réglementation, pérennité des installations, recherche et formation et attractivité du territoire.

 

Travailler sur la gouvernance

 

Il en est ressorti une série de leviers à actionner à commencer par la mise en place de structures communes de gouvernance à travers une structure juridique de type GIE, société commerciale, société de gestion extérieure ou gestion déléguée à l'un des acteurs. Cette structure devra être guidée par une feuille de route dans tous les domaines : utilités, synergies, sécurité, développement... Autre action à mener d'urgence : la promotion de ces plateformes au niveau local, régional et même national. Il faudra même qu'une offre France puisse être promotionnée à l'international, comme n'hésite pas à le faire la chimie allemande sur son site www.chemicalparks.com. L'Agence française pour les investissements internationaux (AFII) qui est en passe de fusionner avec UbiFrance vient d'être saisie du dossier. Une réflexion est en cours sur la façon dont devront s'organiser les actions.

Des préconisations sont aussi faites sur la pérennité des plateformes, notamment de leurs activités de chimie de base. « La compétitivité des craqueurs doit être renforcée. Il existe, selon les industriels, des marges de manoeuvre d'amélioration », estime le rapport. Et d'évoquer « une option (plus) radicale », celle de la création d'une filière de vapocraquage de gaz liquéfié importé d'autres pays, par exemple du gaz de schiste en provenance des États-Unis. Mais le soutien d'une chimie aval à plus forte valeur ajoutée ne doit pas pour autant être négligé, ainsi que son intégration avec l'amont. « L'industrie chimique française est de facto moins intégrée que ses concurrentes belges ou allemandes », résume le rapport.

 

Adoucir la réglementation

 

La question d'un accès à l'énergie (gaz et électricité) à des coûts compétitifs est également évoquée, au regard des écarts dont font l'objet les électro-intensifs allemands et français. Et le rapport souligne qu'il faut poursuivre les efforts en matière d'amélioration de l'efficacité énergétique, de soutien aux cogénérations et de compétitivité logistique que l'on parle de fluvial, ferroviaire ou routier. Pour finir, « le contexte réglementaire doit être rendu plus propice au développement des plateformes chimiques », estime le rapport. Et parmi les impératifs, il cite : la finalisation des PPRT d'ici à la fin de l'année, la limitation de l'impact de la réglementation sismique et la restructuration de la taxe sur les activités polluantes (TGAP).

Tous ces efforts sont bien entendu destinés à redonner un peu de compétitivité à la chimie française, en léger retrait par rapport à l'Allemagne, mais surtout écrasée par une chimie américaine dopée aux gaz de schiste. La poursuite d'une stratégie de mutualisation d'activités dans le cadre de grandes plateformes pourrait ainsi faire baisser les coûts d'utilités et de services de 3 à 4 %. Un premier succès en attendant de pouvoir séduire des industriels étrangers à l'instar de Toray qui s'est récemment installé à Lacq ou d'Hexcell qui vient de choisir Roussillon. Par une implantation en France, ces derniers ont choisi de se rapprocher de leur grand donneur d'ordre, le groupe Airbus. C'est bien la preuve que la France peut encore faire preuve d'attractivité si elle s'en donne les moyens.

LES 17 PLATEFORMES CHIMIQUES FRANÇAISES

- Saint-Auban - Plateformes autour de l'étang de Berre (Fos, Berre l'Étang, Lavéra) - Salindres - Ambes - Jarrie et Pont-de-Claix - Roches-de-Condrieu - Roussillon - Montoir-de-Bretagne - Carling - Port de Dunkerque - Lacq et Mourenx - Chalampé - Plateformes de la vallée de la chimie du Rhône (Feyzin, Belle-Étoile, Pierre-Bénite, Saint-Fons) - Port du Havre - Port-Jérôme - Trosly-Breuil - Centre spatial guyanais Source : Circulaire du 25 juin 2013, ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie.

ROUSSILLON DÉCROCHE 200 M€ D'INVESTISSEMENT AMÉRICAIN

La société Hexcel a rendu public début octobre un investissement de 200 millions d'euros, avec 120 créations d'emplois à la clé, sur la plateforme chimique Les Roches-Roussillon dans l'Isère. Cette plateforme regroupe déjà une quinzaine d'acteurs de la chimie et offre une mutualisation des équipements gérés par le GIE Osiris. Elle présente également l'avantage d'être à proximité de deux usines d'Hexcel, à Avenières (Isère) pour le tissage carbone, et à Dagneux (Ain) pour l'imprégnation de nappes et de tissus carbone. Le projet se décline en deux points. À partir de mi-2015, Hexcel construira une usine de polyacrylonitrile (PAN), précurseur indispensable aux fibres de carbone, puis une ligne de fabrication de fibres de carbone. Ce projet va permettre de « compléter notre intégration verticale en Europe pour la production de matériaux composites », se réjouit Thierry Merlot, vice-président et directeur général Europe, Asie et Moyen-Orient du groupe. Très présent aux États-Unis, où l'industrie aéronautique produit aussi des avions en masse, Hexcel va pouvoir ainsi compléter son offre pour l'aéronautique en Europe où il dispose surtout d'usines de pré-imprégnés (Allemagne, Royaume-Uni, Autriche, Espagne et France) pour une seule usine de fibres de carbone à Illescas, en Espagne. Mais l'avantage crucial du projet isérois est qu'il lui permettra d'établir sa première base de PAN en Europe. Au départ, c'est la plateforme de Fos-sur-Mer qui avait été pressentie pour accueillir cet investissement après avoir été sélectionnée parmi un panel d'une soixantaine de plateformes en Europe. Mais dans l'intervalle de temps, la société KemOne, présente sur Fos, est tombée en redressement judicaire, laissant filer l'investissement en Isère.

J.C. et S.L.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Chimie

Nous vous recommandons

Justice : Monsanto condamné dans le procès du Lasso

Justice : Monsanto condamné dans le procès du Lasso

La Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé par Monsanto, filiale du groupe allemand Bayer depuis 2018, dans le procès de l’herbicide Lasso. Le chimiste est donc définitivement condamné dans le dossier[…]

21/10/2020 | PhytosanitairesJustice
Wacker va couper 1 200 postes dans ses effectifs

Wacker va couper 1 200 postes dans ses effectifs

La SFCP devient « La chimie au quotidien »

La SFCP devient « La chimie au quotidien »

Energie : DRT plante son 1 000ème hectare de forêt

Energie : DRT plante son 1 000ème hectare de forêt

Plus d'articles