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« Une reprise en 2015, qui semble se confirmer pour 2016 »

Propos recueillis par Julien Cottineau

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À la suite d'une année 2014 plus difficile qu'escompté, le secteur du commerce chimique en France a enregistré un rebond en 2015 et attend une confirmation pour cette année. Tour d'horizon avec Gilles Richard, délégué général de l'Union française du commerce chimique (UFCC).

Infochimie magazine : L'exercice 2014 s'est conclu en baisse de 2,4 %, alors que vous tabliez sur une légère hausse. Cela vous a-t-il surpris ?

Gilles Richard : Oui, 2014 a été un net frein, en raison du prix des matières premières mais aussi du tassement de l'activité. L'ampleur nous a surpris. Nous attendions plutôt une légère hausse, comme sur la tendance des années post-crise passées. Après 2009, cela a remonté tous les ans jusqu'en 2013. À l'export, nous avons trouvé un pourcentage habituel, autour de 16 %. Mais le chiffre d'affaires a fléchi de 3 à 2,9 Mrds €, pour un chiffre à l'export, toutes destinations confondues, de 468 M€.

Quel est le bilan provisoire pour 2015 ?

G.R. : D'après les premiers sondages, nous devrions avoir une croissance comprise entre 1 et 2 %. Il y a eu une reprise en 2015, qui semble se confirmer pour 2016. Ce premier trimestre a été correct ; cette année sera peut-être meilleure.

Comment expliquer ces évolutions ?

G.R. : Cela semble plus conjoncturel que structurel. Depuis 2010, il y a une reprise douce, malgré le fait que ce qui a été perdu depuis la crise le restera. Mais je ne vois pas d'explication liée à un secteur ou à un événement clé. Il y a souvent un croisement entre les producteurs et nous. Quand ils vont bien, nous allons un peu moins bien et vice-versa. 2013 et 2014 ont été de bonnes années pour eux, moins pour nous.

S'il y a un décalage habituel pour la distribution, vous attendez donc un rattrapage ?

G.R. : Nous l'espérons en effet. En 2015, le pétrole avait baissé de 50 %, l'euro de 16 % sur l'année, mais ce que nous exportons est surtout à destination de l'Europe, donc cette baisse de l'euro ne nous avantage pas. L'impact est surtout à l'exportation. La baisse du pétrole a été partiellement amortie par la baisse de l'euro, d'où cette reprise en 2015. Les entreprises en profitent donc différemment. Nous avons heureusement bénéficié de la baisse des matières premières en parallèle.

Avez-vous constaté des différences marquées par secteur ?

G.R. : Le secteur de l'automobile a repris mais toujours pas celui de la construction. La chimie fine, dont les spécialités pour la cosmétique et la pharmacie, a affiché des résultats satisfaisants. Il y a toujours un delta avec les commodités. Les entreprises qui y évoluent ont des investissements plus conséquents à rentabiliser.

Comment évolue l'emploi dans le secteur ?

G.R. : Il y a une stabilité déconcertante de l'emploi (3 250 salariés). Hormis les flux naturels de départs et d'arrivées, il n'y a pas de suppression d'emplois, tant mieux, mais il n'y a pas d'embauches majeures non plus. Être un contributeur net d'emplois serait l'indicateur d'une activité en fort développement.

Y a-t-il des consolidations dans le secteur ?

G.R. : Il y a toujours une ou deux opérations par an. Cela concerne souvent les grands acteurs, avec des rachats dans le monde entier. Au niveau français, cela s'est bien stabilisé. Il n'y a pas eu de mouvement notable. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en aura pas. Peut-être qu'avec l'échéance 2018 de Reach, il y aura des regroupements. Sur 20 ans, le nombre d'entreprises a baissé, mais cela n'a pas forcément eu un impact négatif sur l'activité. Ce n'est pas forcément mauvais signe qu'il y ait des consolidations.

Vous parliez de Reach, que peut-il se passer avec cette troisième phase ?

G.R. : Certains vont se concentrer sur des substances phares, pour lesquelles ils pourront amortir les frais d'enregistrement. Pour beaucoup, ce sera difficile d'avoir des gammes trop élargies ; compte tenu des coûts qui s'échelonnent de 20 000 à 600 000 € par substance, il y aura des choix à faire. Il s'agira plus de refontes de stratégies commerciales. Il reste deux ans, et pour l'instant, tout le monde se regarde un peu en chien de faïence car indiquer d'ores et déjà à son client que l'on n'enregistrera pas signifie le perdre à court terme. Tout le monde est aux aguets. Il faut compter 18 mois pour monter un dossier. Aujourd'hui, il y a une grande vague d'incertitudes. Même si Reach date de dix ans, il subsiste des inquiétudes. L'information ne manque pas, mais certaines entreprises ou secteurs sont toujours en retard. On s'attend à des souplesses d'application, mais pas à un changement de texte.

Que pensez-vous de la loi travail ?

G.R. : Plus de souplesse est une bonne chose pour les PME. Dans notre secteur, les effectifs sont stables et nous avons moins de besoins de réactivité en comparaison avec une activité industrielle, par exemple, où les PME de la production, en cas de commandes, ont besoin de réagir très rapidement. Nous sommes favorables à tout ce qui va vers plus de flexibilité.

Quels sont les points réglementaires auxquels vous êtes attentifs actuellement ?

G.R. : Nous faisons très attention, avec les producteurs comme avec les secteurs aval à la loi Roumégas œndlr, loi adoptée en janvier à l'Assemblée nationaleæ, qui ambitionne d'une certaine manière de créer un Reach bis à la française. Il s'agit d'un doublon réglementaire totalement inutile. Nous sommes tous vent debout contre, même si les dernières informations indiquent une suspension éventuelle du projet. L'objectif pour nous tous est de la supprimer. Personne n'a compris sa réelle motivation. Son fondement idéologique et sa dimension politique semblent évidents, du fait des échéances électorales, mais ce n'est pas aux PME d'en faire les frais. Elles devraient déjà en être exemptées, ne serait-ce qu'au titre de la simplification réglementaire dont le gouvernement se fait lui-même le défendeur. Il n'y a eu aucune étude d'impact pour ce projet. Tout existe déjà, tant du fait de Reach que du Code du travail, pourquoi faire un doublon au niveau national ? Il y a une ignorance réglementaire chez des élus qui est hallucinante. Il s'agit ici plus d'obligations administratives qu'autre chose car il n'y aura pas d'information supplémentaire sur les substances utiles pour la protection de la santé ou de l'environnement. C'est le dossier clé que l'on suit.

UN NOUVEAU CONSEIL D'ADMINISTRATION POUR L'UFCC

Le 26 mai 2016, l'UFCC a élu son nouveau conseil d'administration pour trois ans. Jean-François Machard (SVPC) a pris le poste de président. Il est secondé par deux vice-présidents : Hervé Ory-Lavollée (Lavollée SA) et Luc Francille (Helm France). Guillaume Bonnel (Altichem) devient trésorier, tandis que Claude Platret (Produits Chimiques Platret) est élu secrétaire.

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