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WeylChem Lamotte : « Nous souhaitons devenir la plateforme de chimie verte de la région Hauts-de-France »

Propos recueillis par Sylvie Latieule

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WeylChem Lamotte : « Nous   souhaitons devenir la plateforme de chimie verte    de la région Hauts-de-France »

Le parc chimique de Lamotte.

© Weylchem

InfoChimie Magazine : Pouvez-vous présenter brièvement la société WeylChem, ainsi que ses différentes activités sur le sol français ?

Gilles Zuberbuhler : Le groupement de sociétés WeylChem a été fondé en 2005 par le fonds d'investissement privé familial allemand, ICIG, qui réalise un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros avec un effectif de plus de 6 000 personnes dans le monde. WeylChem regroupe un portefeuille d'une dizaine d'entreprises dans le domaine de la chimie fine opérant dans quatre pays différents en Europe et aux États-Unis. En France, WeylChem compte deux sites de production. Le site PPC à Thann dans le Haut-Rhin a été acquis en 2006 auprès d'Albemarle et le site de Lamotte a été acquis en 2014 auprès de Clariant. Outre la chimie fine, le fonds ICIG est actif dans deux autres secteurs industriels : le PVC à travers Vynova et la pharmacie avec CordenPharma. En France, Vynova possède un site à Mazingarbe dans le Pas-de-Calais, ex-Ineos ChlorVinyls. CordenPharma opère un site à Chenôve en Côte-d'Or, ex-Synkem.

En France, vous assurez la double présidence des entreprises WeylChem Lamotte et PPC, mais nous allons surtout nous intéresser à WeylChem Lamotte et à son usine picarde installée à Trosly-Breuil, près de Compiègne. Quelles sont les chimies pratiquées sur ce site ?

G.Z. : Le site de Lamotte date de 1896. Il pratiquait, à ses débuts, l'électrolyse du sel pour la production de dérivés du chlore et d'hydrogène. Cet hydrogène a même été utilisé pour gonfler les dirigeables de la société française Clément-Bayard, qui ont combattu pendant la première guerre mondiale. La chimie actuelle est arrivée dans des années 60 et la spécialité de l'usine est la production de glyoxal et d'acide glyoxylique pour lequel nous sommes numéro un mondial, devant des concurrents principalement chinois. Le glyoxal est obtenu selon deux voies de synthèse différentes à partir d'éthylène glycol ou d'éthanal. Ce glyoxal est essentiellement consommé sur le site de Lamotte où il sert à produire non seulement de l'acide glyoxylique, mais également de l'acide oxalique et du diméthoxyéthanal. Des dérivés qui permettent ensuite d'accéder à une vaste gamme d'intermédiaires avancés tels des dérivés aromatiques et aliphatiques, des hérérocycles, des polyphénols... Tous ces composés trouvent des applications dans de très nombreuses niches de marchés dont la pharmacie, l'agrochimie, les arômes et parfums, les colorants, la chimie fine. Nous sommes également présents dans l'électronique, avec en particulier un acide oxalique très pur. À Lamotte, l'un de nos enjeux stratégiques est d'arriver à maintenir nos positions sur les marchés du glyoxal, de l'acide glyoxylique et de leurs dérivés avec un accompagnement des clients, tant dans les spécifications de produits pour répondre au mieux à leurs besoins qu'en matière de chaîne logistique.

Est-ce la seule activité du site de Lamotte ?

G.Z. : Avec le glyoxal, le site de Lamotte a presque un profil de site pétrochimique. D'autant plus que nous avons conservé une production historique d'acide sulfurique avec quelques dérivés. Mais il se trouve qu'en parallèle, le site possède quelques ateliers polyvalents de chimie fine. Nous produisons pour des tiers des intermédiaires pharmaceutiques, non GMP, des produits de spécialités tels que des catalyseurs pour métallocènes ou pour la détergence... Nous produisons, par exemple, l'ingrédient clé d'un des fongicides les plus utilisés au monde. Cette activité de chimie polyvalente est le fruit de l'histoire. Elle s'est développée à partir des savoir-faire acquis autour de la production d'acide glyoxylique et de ses dérivés. Nous mettons en oeuvre énormément de technologies différentes, avec une particularité qui est le développement et l'intégration de nouveaux procédés.

Par tradition, les acteurs de la chimie fine s'intéressent davantage à des problématiques de synthèse organique que de génie des procédés. Pourquoi WeylChem s'investit tant dans le procédé ?

G.Z. : Nous avons hérité d'un patrimoine industriel où nous faisons une très belle chimie. Même s'il s'agit parfois de produits anciens, nous estimons que nous pouvons encore défendre nos positions. C'est pourquoi nous pratiquons l'amélioration continue. Nous avons démarré cette démarche depuis presque 20 ans. Elle est désormais inscrite dans les gènes de notre entreprise. Pour cela, nos procédés anciens repassent en permanence en recherche, où l'on découvre des pistes d'améliorations. Chaque année, nos consommations énergétiques diminuent et nos rendements progressent. Mais nous avons aussi des ambitions de croissance que nous pensons pouvoir atteindre par l'innovation, en particulier dans le domaine de la chimie fine où nous essayons d'apporter un vrai plus à nos clients avec des prestations de développement de procédés à façon. Lorsqu'un client arrive avec un pré-procédé, nous sommes en mesure de concevoir un nouveau procédé plus performant, avec moins d'étapes de synthèse, un meilleur rendement et moins de consommation de matière première.

Quels moyens avez-vous mis en place pour arriver à vos fins ?

G.Z. : Nous disposons d'un centre de développement de procédé doté d'une halle de pilotes qui emploie huit personnes. Notre spécialité est de savoir faire du « scale up », mais aussi du « scale down » qui consiste à imaginer en premier l'installation industrielle du futur avant de concevoir les outils de laboratoire pour la développer. Parmi les technologies innovantes sur lesquelles nous travaillons, il y a les micro-ondes en continu. Nous avons développé à la fois un pilote et une unité préindustrielle qui est l'une des plus grosses unités de ce type dans le secteur de la chimie. Cette technologie micro-ondes est réservée à des programmes très spécifiques, lorsqu'il s'agit de réaliser des chauffages très rapides qui ne sont pas atteignables dans des outils classiques de chimie fine pour avoir des sélectivités plus importantes. Nous avons déjà pu réaliser deux campagnes commerciales avec cet outil. Nous avons également construit un pilote industriel d'extraction au CO2 supercritique en utilisant comme matériau un hastelloy anticorrosion, ce qui rend cet outil unique en Europe. Cette technologie est préconisée pour se substituer à des distillations de produits fragiles, nécessitant des étapes de protection et dé-protection. Nous nous intéressons également à la technologie des micro-réacteurs, ainsi qu'à la distillation réactive. Nous ne sommes pas des gourous de l'intensification des procédés. Notre approche reste très pragmatique. Nos équipes explorent des technologies pour constituer une palette assez large dans laquelle nous pouvons puiser en fonction des besoins. Nous commercialisons également des prestations de développement de procédé pour des projets de production sur d'autres sites que Lamotte. Plus de 10 ME sont investis chaque année sur le site, au niveau de Weylchem. Une partie de ce montant est consacrée à des obligations réglementaires, mais le reste sert à amélioration significative de nos procédés et à l'adaptation d'unités pour la fabrication de nouveaux produits.

Avez-vous des partenariats extérieurs ?

G.Z. : Nous avons mis en place des contrats de recherche avec des écoles ou des universités comme l'Escom et l'UTC à Compiègne. Et nous prenons, chaque année, des élèves ingénieurs en génie des procédés en apprentissage. Nous collaborons également avec des bureaux d'ingénierie externe pour la construction de nouveaux équipements.

Est-ce que vous travaillez le sujet de la transformation digitale ?

G.Z. : Sur ce sujet, nous sommes encore en phase de brainstorming. Nous avons lancé une réflexion assez large sur cette thématique et participé à des réunions, notamment à un séminaire organisé par l'UIC, en partenariat avec le syndicat professionnel Syntec numérique. Ceci nous a permis d'établir une liste d'idées. Nous allons maintenant devoir faire des choix.

Nous avons jusqu'ici évoqué les activités de la société WeylChem à Lamotte, mais en réalité la plateforme abrite d'autres industriels...

G.Z. : Historiquement, ce site était la propriété du groupe allemand Hoechst. Mais il a connu des restructurations à partir des années 90. On parle aujourd'hui du « parc chimique de Lamotte ». Il s'agit d'une plateforme chimique, au sens de la circulaire « plateformes industrielles soumises à PPRT » de Delphine Batho, qui est constituée de 4 partenaires. WeylChem, propriétaire des infrastructures, reste le gestionnaire de la plateforme et des services associés. Les trois autres industriels sont l'Américain PQ Corporation dans le silicate de sodium pour le domaine de la détergence, l'Allemand Merck performance chemicals dans les silices colloïdales pour la micro-électronique et le Suisse Archroma dans les émulsions pour les industries textile et papetière. Cette plateforme fonctionne très bien, mais nous souhaitons accueillir de nouveaux entrants. Pour cela, nous développons une offre « plug et play ». Nous proposons l'ensemble des services attendus sur une plateforme « Seveso » et le raccordement aux utilités classiques.

Avez-vous des cibles particulières ?

G.Z. : Sur notre plateforme, nous disposons de 15 à 20 hectares de surfaces disponibles dans un environnement Seveso que nous souhaitons consacrer au développement de la chimie verte, et plus précisément, de la chimie du végétal. Nous sommes implantés dans une région agricole. Dans la dynamique portée par le pôle de compétitivité IAR ou la société ARD sur la plateforme de Pomacle, avec le soutien des collectivités territoriales, nous souhaitons nous positionner dans le prolongement de plateformes locales, telles que Pivert, et devenir la plateforme de chimie verte de la région Hauts-de-France. Nous ne souhaitons pas travailler sur la transformation de la biomasse mais devenir la plateforme industrielle qui accompagne les projets de chimie verte en aval, en fonction des besoins. Nous avons déjà des projets dans ce domaine dont un projet avancé.

Est-ce que la chaîne, glyoxal, acide glyoxylique, pourrait aussi se concevoir à partir de matière première végétale ?

G.Z. : L'une des grandes matières premières que nous utilisons est l'éthanal, importé d'Europe du Nord, et qui est déjà produit à partir d'éthanol d'origine végétale. Ceci nous permet de répondre aux demandes spécifiques pour des composés biosourcés. L'une de mes ambitions serait de pouvoir produire de l'éthanal d'origine biosourcée sur le site de Lamotte et nous avons d'autres projets de ce type dans nos tiroirs. Mais pour l'heure, les conditions de marché ou l'environnement réglementaire ne sont pas réunis pour que ces projets soient économiquement rentables.?

WEYLCHEM EN CHIFFRES

2005 : date de création par le fonds allemand ICIG 2014 : rachat de WeylChem Lamotte auprès de Clariant 10 : nombre de sociétés constitutives dans 4 pays dont WeylChem Lamotte et PPC à Thann 1970 : effectif de WeylChem en Europe et aux États-Unis 430 : effectif de WeylChem Lamotte 1000 : emplois directs et indirects sur le parc chimique de Lamotte https ://www.lamotte-industrial-park.com/fr/

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