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Yara jette l'éponge à Pardies

Julien Cottineau

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L'édition du 30 mars 2009 de Chimie Pharma Hebdo titrait : « Pardies menacé de mort ». La plateforme a heureusement perduré. Sauf que Yara vient d'annoncer en comité central d'entreprise son intention de fermer son site de Pardies (Pyrénées-Atlantiques) au quatrième trimestre 2018. La pire nouvelle possible pour les 85 salariés de l'usine, et une très mauvaise nouvelle pour le bassin de Lacq. Déjà, en 2009, la plateforme avait été secouée par la fermeture d'Acetex (groupe Celanese, CPH n°460). Ses deux voisins directs, Air Liquide et Yara avaient dû se réorganiser, sachant qu'Acetex était l'un des plus gros clients de gaz industriels, et qu'il fournissait de l'hydrogène au groupe norvégien tandis que celui-ci l'alimentait en monoxyde de carbone. Cela avait entraîné une réduction des effectifs chez Yara, à un total de 100 salariés, et la fermeture d'unités, notamment celle d'ammoniac. Yara s'était réorganisé avec Air Liquide pour la reprise des utilités (CPH n°486).

Depuis, Yara France a injecté 22 millions d'euros sur le site, selon un porte-parole, afin de le pérenniser, reconnaissant au passage les nombreux efforts concédés par les salariés pour tenter de sauvegarder l'usine. Recentrée sur la production d'acide nitrique, de peroxyde d'azote, et surtout de nitrate d'ammonium technique (TAN, à des fins industrielles pour les explosifs), l'usine avait cherché des solutions. Comme l'acheminement de TAN par le Port de Bayonne au lieu de passer par Port-La-Nouvelle dans l'Aude, bien plus loin (CPH n°566). Mais les collectivités ont mis à mal cette option, voyant d'un très mauvais oeil le transit de substances explosives. « Nous n'avons finalement chargé qu'un seul bateau car c'est devenu beaucoup trop cher », regrette Jean-François Derolez, délégué syndical de la centrale CGT de Yara France. 1,8 M€ ont aussi été investis pour un atelier de nitrate de calcium, mis en service l'an dernier.

Malheureusement, engagé dans un vaste plan de rationalisation pour améliorer son Ebitda annuel de 500 M$ d'ici à 2020, le géant norvégien des engrais veut jeter l'éponge à Pardies. Malgré les efforts consentis, le site aurait accumulé une perte de 9 M€ en trois ans, alors que Yara France a enregistré des pertes de 54 M€ en 2015 et de 29 M€ en 2016, selon un porte-parole. Et les perspectives d'avenir ne seraient vraiment pas bonnes. Contestant les chiffres présentés par la direction et jugés catastrophiques, les syndicats ont déclenché un droit d'alerte pour mandater un expert et avoir accès aux données. Au-delà des finances, Yara indique un manque de compétitivité, une échelle limitée, ou encore le caractère enclavé de cette usine, qui la pénaliserait pour l'acheminement des matières premières et la sortie des produits. Autre particularité : l'usine de Pardies est la seule du groupe dans l'Hexagone à ne pas produire d'engrais. Et la plus petite. L'annonce a déclenché un mouvement de grève massif sur le site le 8 mars. Mouvement toutefois stoppé dès le 9 mars suite à un accord avec la direction sur l'absence de licenciements contraints avant fin 2018. Au-delà de la seule situation de l'usine, Jean-François Derolez s'inquiète d'un « effet domino ». Il évoque le fait que l'usine soit le « seul producteur de peroxyde d'azote en France, un produit essentiel à Arkema pour ses productions à Mont », la fourniture de vapeur sur la plateforme de Mourenx et les inquiétudes d'Air Liquide dont Yara est un client primordial. « La plateforme va devenir un grand désert », s'alarme-t-il encore. Le groupe norvégien a mandaté une société spécialisée pour trouver un repreneur. Mais Jean-François Derolez n'y croit pas : « Yara n'a jamais vendu un site à la concurrence ! ». Les syndicats, du coup, se mobilisent aussi pour sauver un avenir. Aujourd'hui, la plateforme de Pardies semble, malheureusement, vraiment menacée de mort.

 

« Mauvaise nouvelle pour le bassin de Lacq »

 

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